Pouvez-vous deviner ce que les athlètes de haut niveau ont en commun?

mars 9, 2015 2 Commentaires »
Pouvez-vous deviner ce que les athlètes de haut niveau ont en commun?

En janvier, mon courriel et mes comptes de réseaux sociaux se sont animés simplement parce qu’une image a été partagée sur Twitter par @ohiovarsity.

C’est incroyable parce que l’image illustre une chose très répandue parmi les experts, largement abordée dans les cercles d’entraîneurs et dont moi-même et d’autres avons assurément fait état à de nombreuses reprises. Cet excellent article tiré du blogue du site sportif d’une école secondaire a été partagé un demi-million de fois les trois premiers jours parce que l’image a touché une corde sensible.

Pourquoi? Et bien, voici l’image en question :
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Posté par John O’Sullivan

John a fondé Changing the game project (changer le jeu) en 2012 qui promeut une approche sportive axée sur l’enfant. L’auteur du livre, Changing the Game, John, est directeur du centre d’entraînement de la ligue majeure de soccer des Timbers de Portland. Suivez John sur Twitter, Facebook, ou consultez son blogue.

La question qui m’a été posée maintes et maintes fois était « Qu’en pensez-vous? » Et inlassablement, ma réponse a été « Dieu soit loué, les gens vont enfin commencer à faire attention. »

Si cela prend une infographie de (l’entraîneur en chef de football) Urban Meyer de ses recrues de football dans l’état de l’Ohio (les Buckeyes ont remporté leur tout premier Championnat national des séries éliminatoires de football collégial en janvier) pour changer le paradigme dans le sport des jeunes, qu’il en soit donc ainsi. L’image ci-dessus démontre clairement que l’écrasante majorité de ses recrues sont des enfants pratiquant des sports multiples.

Bien que ce ne soit pas une nouvelle information, cela a causé tout un émoi. Voici brièvement son contenu : pour être un joueur de haut niveau au Collège ou dans le sport professionnel, vous devez avoir un niveau exceptionnel en athlétisme. Et ce qui est préconisé du point de vue médical, scientifique et psychologique pour développer cet athlétisme est suffisamment de jeu libre et une participation à des sports multiples en étant enfant.

Pourquoi? Voyons ce que disent les experts :

Les entraîneurs et les athlètes élites

Pete Carroll, ancien entraîneur d’USC et à présent celui des Seattle Seahawks, déclare ici (version anglaise) « Lorsqu’on parle d’enfants, la première question que je pose est : quel autre sport pratique-t-il? Que fait-il? Quelles positions occupe-t-il? Est-ce un grand frappeur au baseball? Est- il un lanceur? Joue-t-il au basketball? Toutes ces choses sont importantes pour moi. Je déteste que les enfants ne pratiquent pas trois sports au secondaire. Je pense vraiment qu’ils devraient jouer à longueur d’année et profiter au maximum de cette expérience. Je ne privilégie certainement pas les enfants qui se spécialisent dans un seul sport. Même (à USC) je veux être le plus grand adepte d’athlètes pratiquant deux sports au collégial. Je veux des jeunes qui soient tellement exceptionnels athlétiquement parlant et si compétitifs, qu’ils puissent compétitionner dans plus d’un sport. »

Dom Starsia, entraîneur de la crosse chez les hommes, à l’Université de Virginie : « Ma question piège à de jeunes campeurs est toujours, « comment apprenez-vous les concepts d’offensive en équipe à la crosse en basse saison lorsque vous ne jouez pas avec votre équipe : La réponse est en jouant au basketball, au hockey et en jouant au soccer et ces autres jeux par équipe parce que beaucoup de ces principes sont exactement les mêmes. 95 % (de nos joueurs) sont certainement des athlètes multidisciplinaires. Je trouve cela toujours quelque peu étrange que quelqu’un ne pratique pas d’autres sports au secondaire. »

Ou dans cette entrevue (version anglaise) avec Tim Corbin, entraîneur de la NCAA Vanderbilt baseball, il explique pourquoi il choisit des athlètes multidisciplinaires plutôt que des enfants ne pratiquant qu’un seul sport.

Ou Ashton Eaton qui détient le record mondial et une médaille d’or au décathlon, qui n’a jamais participé à 6 des 10 événements obligatoires au décathlon jusqu’à ce qu’il intègre l’Université d’Oregon.

Ou Steve Nash, qui a eu son premier ballon de basketball à 13 ans et qui attribue sa réussite au basketball au soccer qu’il a aussi pratiqué, une histoire similaire aux 100 athlètes professionnels interviewés dans le livre de Ethan Skolnick et Dre Andrea Korn, Raising Your Game. La liste est infinie.

Qu’en pensent les experts médicaux?

Comme John O’Sullivan l’a souligné dans son livre numérique, Is it Wise to Specialize?, et répété dans le livre du chirurgien orthopédique de renommée mondiale James Andrew, Any Given Monday, il y a de sérieuses raisons médicales à prendre en compte pour ne pas se spécialiser à un jeune âge :

  1. Les enfants qui se spécialisent dans un seul sport représentent 50 % des blessures à cause du surentraînement chez les jeunes athlètes selon les pédiatres orthopédiques.
  2. Une étude menée par l’université de l’état d’Ohio a constaté que les enfants qui se spécialisent tôt dans un seul sport se retrouvent en plus grand nombre inactif à l’âge adulte. Ceux qui ne s’adonnent qu’à un seul sport étant jeunes, sont souvent les premiers à abandonner et à souffrir toute leur vie durant des conséquences.
  3. Dans une étude menée sur 1200 jeunes athlètes, Dr Neeru Jayanthi de l’Université de Loyola a établi qu’une spécialisation précoce dans un seul sport est l’un des plus forts indicateurs de blessures. Les athlètes de l’étude qui se sont spécialisés avaient entre 70 et 93 % plus de chances de se blesser que les enfants qui ont pratiqué des sports multiples.
  4. Les enfants qui se spécialisent tôt ont plus de risques d’être épuisés à cause du stress, de se démotiver et de ne pas s’amuser.
  5. La spécialisation précoce dans un sport chez les jeunes filles adolescentes est associée à un risque accru de problèmes du genou interne, comprenant la maladie d’Osgood Schlatter et la maladie de Sinding Larsen-Johansson contrairement aux athlètes pratiquant des sports multiples, et peuvent conduire à de plus grands taux de déchirures des ligaments croisés antérieurs.

Et les scientifiques du sport?

En janvier 2015, j’ai eu l’honneur d’assister à une conférence avec l’entraîneur Tony Strudwick de la Manchester United, ayant remporté 13 titres en tant qu’entraîneur en préparation physique pour la première équipe de la Manchester United. Son conseil est qu’un environnement multisports prépare les athlètes au succès à long terme car cela réduit les taux de blessures et les rend plus adaptables aux exigences du jeu au plus haut niveau.

« Bien souvent, » a-t-il déclaré dans un récent entretien avec SoccerWire.com, (version anglaise) « les meilleurs athlètes du monde sont capables de se distinguer du lot grâce à une gamme d’habiletés motrices excédant ce qui est généralement escompté dans un sport donné. » Il recommande le tumbling et des mouvements de gymnastique, ainsi que les arts martiaux, le basketball, et la crosse comme sports de transition vers le soccer. Voici d’autres atouts :

  1. De meilleures habiletés et capacités générales : les recherches démontrent qu’une participation précoce dans des sports multiples mène à un meilleur développement global moteur et athlétique, à des carrières sportives plus longues, à une plus grande capacité pour transférer des habiletés sportives à d’autres sports, à plus de motivation, d’expérience dans le sport et à la confiance.
  2. Des joueurs plus brillants, plus créatifs : la participation à des sports multiples dès le plus jeune âge engendre de meilleures prises de décisions ainsi que la reconnaissance des formes, de même qu’une créativité en hausse. Ce sont toutes ces qualités que les entraineurs d’équipes de haut niveau recherchent.
  3. La majorité des athlètes au collégial ont évolué dans des sports multiples : un sondage mené en 2013 par une compagnie médicale américaine pour la médecine du sport a démontré que 88 % des athlètes au collégial sondés ont participé à plus d’un sport lorsqu’ils étaient enfants.
  4. 10 000 heures n’est pas une règle : dans son enquête sur les revues scientifiques portant sur la pratique spécifique du sport dans The Sports Gene, l’auteur David Epstein observe que la plupart des compétiteurs élites ont besoin de bien moins que 10 000 heures dédiées à l’entraînement. Des études ont précisément démontré que le basketball (4000), le hockey sur gazon (4000) et la lutte (6000) nécessitent tous moins que 10 000 heures.
  5. Beaucoup de parcours mènent à la maîtrise : une étude menée en 2003 sur des joueurs de hockey professionnels a démontré qu’alors que la plupart des professionnels avaient passé 10 000 heures ou plus à pratiquer des sports avant l’âge de 20 ans, seulement 3000 de ces heures avaient été consacrées à la pratique proprement dite du hockey (et seulement 450 de ces heures avant l’âge de 12 ans).

Tous les sports sont-ils identiques?

Absolument pas. Ils requièrent chacun des compétences athlétiques, techniques et tactiques spécifiques. Certains sports pour mener à l’élitisme requièrent une spécialisation précoce comme la gymnastique ou le patinage artistique. D’autres sports sont tellement dépendants des prouesses physiques (football américain, basketball volleyball, rugby et autres) que les habiletés techniques et le savoir-faire tactique peuvent être développés plus tard. Il y a beaucoup de faits vécus d’athlètes qui pratiquent ces sports à l’adolescence, même dans la vingtaine et qui jouent à un très haut niveau grâce à leur aptitude à transférer les habiletés apprises à d’autres sports.

Enfin, il y a les sports comme le hockey et le soccer qui sans l’ombre d’un doute requièrent une introduction précoce au sport. Il y a des mouvements techniques et des habiletés qui sont plus sensibles à l’amélioration avant la poussée de croissance d’un enfant, qu’il y a peu de chances que l’enfant pubère soit en mesure de combler si c’est sa première introduction au sport.

Néanmoins, rien ne prouve que les athlètes dans ces sports doivent pratiquer un seul sport avant l’adolescence. Comme le démontrent les témoignages sur le hockey et l’interview avec Tony Strudwick ci-dessus, le fait de pratiquer des sports multiples tôt prépare ces athlètes au succès à plus long terme. Ils peuvent mieux répondre aux exigences de jeu au niveau élite. Ils sont moins susceptibles de se blesser ou d’être épuisés et plus à même de résister aux épreuves pour s’exécuter à un haut niveau.

Si vous désirez que votre enfant joue à un haut niveau, la meilleure chose que vous pouvez faire est de l’aider à trouver un sport qui convient à ses habiletés et qui l’aide à créer un environnement qui lui procure la meilleure chance de réussite. C’est cela un environnement multisports.

La preuve est faite. C’est assez concluant. Il est temps pour nos organismes sportifs pour les jeunes, de non seulement permettre, mais d’encourager, la participation aux sports multiples. Difficile pour l’obtention des résultats. Mais posez-vous cette question : les résultats sont-ils plus importants que le bien-être des enfants que l’on vous confie?

Alors, qu’en pensez-vous? Les enfants devraient-ils pratiquer plusieurs sports? Un seul? Si vous êtes d’avis que la spécialisation est la conduite à suivre avant la poussée de croissance à l’adolescence (en excluant la gymnastique et le patinage artistique), alors apportez des preuves et des liens pour alimenter la discussion. Et si ce n’est pas le cas, pourquoi ne pas faire la même chose pour défendre et changer le statu quo qui force les enfants à choisir bien trop tôt.

Grâce à Urban Meyer et à l’image saisissante de la répartition du recrutement de ses joueurs, il nous est maintenant possible d’avoir cette discussion. Nous pouvons maintenant mieux assister nos enfants. Il est de notre responsabilité de les aider à devenir de meilleurs athlètes en les encourageant à devenir des athlètes polyvalents. Et nous pouvons y arriver en les laissant pratiquer de multiples sports. Le débat est ouvert.

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2 Commentaires

  1. Gabriel-Luc Béliveau mars 11, 2015 at 10:01 - Reply

    Mon sujet de maitrise est en lien direct avec le sujet de cet article. Voici un résumé de ma dernière publication:
    Un nombre grandissant d’enfants pratique un seul sport tout au long de l’année. Cette pratique est communément appelée la spécialisation hâtive. Les parents entraineurs et enfant y adhère en croyant que c’est la meilleure façon d’atteindre les rangs professionnels1. Toutefois, Mostafavifar, Best et Myer (2013) ont émis l’hypothèse que la spécialisation hâtive peut mener à une limitation du développement des habiletés motrices. Fransen et coll. (2012) ont démontré que les enfants ayant une pratique sportive diversifiée présentaient de meilleurs tests de saut vertical et de coordination. À la lumière des conclusions de la littérature sur le sujet, notre objectif sera de mesurer le niveau d’habiletés motrices et d’aptitudes physiques d’étudiants en éducation physique et à la santé et en kinésiologie et d’établir des liens entre ces résultats et leur vécu sportif. Objectifs : 1) Comparer les résultats des neuf dernières années des étudiants de première année à un test portant sur leurs habiletés motrices et leurs aptitudes physiques, mesurés avant leur admission aux programmes d’éducation physique et à la santé et en kinésiologie. 2) Identifier des indicateurs reliés à la spécialisation hâtive dans le vécu sportif des participants et les mettre en liens avec les résultats aux tests d’habiletés motrices et d’aptitudes physiques. Méthodes : Les habiletés motrices et les aptitudes physiques ont été mesurées auprès de 2645 étudiantes et étudiants de première année en éducation physique et à la santé et en kinésiologie et ce lors des années 2006 à 2014. Les tests utilisés sont : quatre tests d’habiletés en athlétisme (départ de sprint, franchissement de haie, lancer de poids, course demi-fond), le test de Brady (touches de volleyball), un test de passes de soccer, un test de gymnastique (enchainement de sept exercices), trois tests d’habiletés de basketball (lancers, passes et lancers déposés) et deux tests de handball (vitesse et précision). Pour rendre compte de leur vécu sportif, un questionnaire rétrospectif sera élaboré durant la session d’hiver 2015. Celui-ci visera à identifier des manifestations propres à la spécialisation hâtive. Il sera ensuite distribué aux 545 étudiants actifs à la Faculté. Résultats préliminaires : Les résultats aux tests d’aptitude physique (p<.001) et aux tests d’habileté motrice (p<.001) ont connu une baisse significative au cours des neuf dernières années. Les tests ayant présenté les diminutions les plus importantes sont les tests de volleyball, d’athlétisme et de saut vertical. Une fois que le questionnaire aura été développé, administré et que les données auront été recueillies, l’étape suivant sera d’établir des liens entre le vécu sportif des participant et leurs niveau d’habiletés motrices et d’aptitudes physiques. Conclusion : Au moment de rédigé ce résumé, nous savons que le niveau des aptitudes et des habiletés motrices des étudiants admis en éducation physique et à la santé ainsi qu’en kinésiologie a connu une baisse significative au cours des dernières années. Il reste maintenant à savoir si des liens peuvent être établis entre ces résultats et le vécu sportif des participants.

    • Richard Monette
      Richard Monette mars 14, 2015 at 8:56 - Reply

      Gabriel, merci de partager avec nous un résumé de recherches actuelles.

      Il est inquiétant de réaliser que les habiletés motrices des futurs spécialistes (étudiants admis en éducation physique et à la santé ainsi qu’en kinésiologie) sont à la baisse…

      SVP, partage avec nous les résultats de ton étude lorsqu’ils seront disponibles.

Que pensez-vous?