5 façons de contrer le « décrochage sportif »

novembre 12, 2015 Aucun commentaire »
5 façons de contrer le « décrochage sportif »

NDLR : « Pourquoi les enfants décrochent du sport » et « Les cinq principales raisons pour lesquelles les enfants pratiquent un sport » sont deux des articles les plus populaires de notre site. Un sujet important que nous souhaitions approfondir grâce à l’article ci-dessous. Destiné aux parents, il leur propose des solutions pour aider les jeunes à persévérer dans le sport.

« Je n’en peux plus, coach! » m’a lancé un jour Kate, joueuse talentueuse mais ne performant pas à la hauteur de ses capacités. « Je crois que le soccer, c’est fini pour moi. »

J’ai passé en revue toutes les raisons possibles : surmenage, autres intérêts, dynamique d’équipe, mon comportement trop dur envers elle… que se passait-il donc?

« C’est mon père. Je sais qu’il m’aime et qu’il ne veut que mon bien, mais il me coache, dans l’auto et à chaque match en marge du terrain. Je ne peux pas jouer quand il est là. Il veut être de tous les matchs, de tous les déplacements, tout le temps, partout. C’est comme si c’était plus important pour lui que pour moi. »

Rédacteur invité : John O’Sullivan

En 2012, John O’Sullivan lance le projet Changing the Game, présentant une approche différente du sport chez les jeunes, centrée sur l’enfant. Auteur du livre du même nom, il est également directeur du centre de formation des Timbers de Portland (Ligue majeure de soccer). Pour en savoir plus, suivez John sur Twitter, Facebook et son blogue.

Malheureusement, Kate est loin d’être la seule dans ce cas. Son histoire est celle de nombreux parents bien intentionnés, qui ne souhaitent offrir que le meilleur à leurs enfants. Ils les aiment profondément, mais peut-être pas toujours de la bonne façon.

70 % des jeunes abandonnent le sport organisé à 13 ans. Chaque fois qu’il m’arrive de mentionner ce chiffre regrettable, les gens montent au créneau, me répliquant que seuls ceux qui ne sont pas assez bons laissent tomber, qu’à cet âge l’école, les petits boulots et autres passe-temps prennent facilement le dessus. Tout cela est vrai et contribue en partie au décrochage, mais en partie seulement.

Car dans l’état actuel du sport scolaire et associatif, on exige des enfants et des familles toujours plus, et ce, de plus en plus tôt, particulièrement de ceux doués pour une activité physique, quelle qu’elle soit. Beaucoup de nos jeunes athlètes, parmi les plus assidus et les plus talentueux, souffrent de ce trop-plein de pression et finissent par décrocher.

On ne perd pas seulement les jeunes qui n’arrivent pas à entrer dans l’équipe universitaire, on perd bon nombre de nos plus grands athlètes.

Qu’on soit parent ou entraîneur, je crois qu’il est crucial de comprendre les motifs qui poussent nos enfants à pratiquer un sport et à l’abandonner. Une communication sincère et réciproque avec nos athlètes est également essentielle, de façon à repérer les premiers signes de détresse et à redresser la barre avant qu’il ne soit trop tard.

J’ai noté cinq raisons, responsables du décrochage sportif des jeunes et qui ont toutes un dénominateur commun : un état d’esprit négatif. Si l’une (ou plusieurs) d’entre elles correspond à votre enfant ou à votre adolescent, dites-vous bien qu’il existe une solution et qu’il n’est jamais trop tard pour changer les règles du jeu.

  1. Quand on ne s’amuse plus

La raison numéro un pour laquelle un enfant abandonne une activité sportive est parce qu’il ne la trouve plus amusante. Dans le cadre d’une étude menée en 2014 par l’Université George Washington, la chercheuse Amanda Visek a interrogé de jeunes athlètes sur leurs motivations. 9 sur 10 ont répondu en premier le plaisir et l’amusement.

Les participants ont donné 81 définitions de ce plaisir. Essayer de faire de son mieux, être respecté par son entraîneur, ses parents et ses coéquipiers, et avoir du temps de jeu sont en tête de liste. Gagner n’arrive qu’en 48e position, disputer des tournois en 63e et s’entraîner avec un moniteur privé en 66e.

Si un jeune sportif ne s’amuse plus, il finira par abandonner, peu importe ses aptitudes, son équipe ou son entraîneur. Un adulte choisit ses activités (physiques, bénévoles ou autres) – et s’y tient – en fonction du plaisir qu’elles lui procurent. Nos enfants font de même.

La solution : posez une simple question à votre enfant: « Est-ce que ça te plaît d’être sur le terrain? » Aucun sportif n’est jamais trop vieux ou trop talentueux pour y répondre. Plus le plaisir est présent, plus la motivation de jouer est grande et meilleures sont les performances. Michael Jordan aimait tellement le basketball qu’il avait une clause dans ses contrats professionnels intitulée « amour du jeu », lui permettant d’improviser une partie chaque fois qu’il le désirait. Le plaisir de jouer est indispensable. S’il disparaît, il faut trouver un moyen de le raviver sinon, c’est la retraite assurée!

  1. Quand on est plus maître du jeu

Si un enfant a l’impression que son expérience sportive ne lui appartient plus, il aura tendance a y prendre moins de plaisir et à se tourner vers d’autres activités à l’abri de l’œil critique de l’adulte. Tout comme Kate, des millions de jeunes troquent le sport pour un autre passe-temps où chacune de leurs actions ne sera pas surveillée de trop près. Cela ne veut pas dire qu’ils refusent l’apprentissage ou les conseils, mais simplement qu’ils veulent conserver leur autonomie. Vous en doutez? Alors demandez-vous pourquoi un adolescent passe en moyenne 17 heures par semaine avec sa console de jeux vidéo (version anglaise). Une grande partie de la réponse est parce qu’il n’y a personne à ses côtés pour critiquer son jeu ou attendre qu’il le divertisse. Votre enfant ne peut s’approprier une victoire ou une défaite s’il vous entend dire « On a marqué dix paniers » ou « On a encaissé trois buts ». Si depuis la ligne de touche, vous lui intimez de tirer, dribbler, passer le ballon au lieu de le laisser prendre ses propres décisions, vous ne l’aidez pas. Vous le dépouillez de son expérience de jeu tout en lui gâchant son plaisir. Qui a envie que son patron regarde par-dessus son épaule toute la journée et critique son travail? Personne. Alors pourquoi penser qu’un jeune athlète y trouverait du plaisir ou un profit?

La solution : acceptez les buts sportifs de votre enfant. Pour ce faire, utilisez le formulaire Se fixer des buts entre parents et enfant et regardez la vidéo qui l’accompagne (version anglaise).

Aidez-le à se découvrir une passion plutôt que de lui en imposer une. Quand vous assistez à l’un de ses matchs, ne criez jamais après l’arbitre. À la fin, encouragez votre enfant ou taisez-vous. Si vous ne trouvez pas les mots, demandez-lui. Il pourrait vous surprendre.

  1. Quand on est privé de temps de jeu

Si un enfant fait partie d’une équipe et qu’il n’entre quasi jamais sur le terrain ou qu’il se fait sortir à chaque faute commise, il abandonnera. Un enfant veut jouer. Un enfant a besoin de jouer. Il se fiche de savoir que son équipe est bonne ou que son entraîneur est réputé, s’il n’a jamais l’occasion de participer. D’après une étude mené par l’Institut Josephean, 90 % des jeunes préfèrent jouer avec une équipe qui perd plutôt qu’être assis sur le banc d’une équipe qui gagne.

La culture de gagner à tout prix, que nous imposons de plus en plus tôt à nos petits sportifs, entrave leur rythme de développement. Quand un entraîneur n’a qu’un seul but en tête : gagner, et qu’il ne fait entrer sur le terrain que les joueurs capables d’atteindre ce but, il dégoûte les autres tout en les empêchant de progresser. Si Mike Matheny, gérant d’une ligue majeure de baseball, arrive à faire jouer tous ses joueurs pendant de longues minutes et ce, quelle que soit leur position, c’est que c’est possible.

La solution : un entraîneur doit faire jouer tous les membres d’une équipe, notamment s’ils sont très jeunes. Si vous vous apercevez que votre enfant, bien qu’il aille à tous les entraînements et à tous les matchs, n’entre jamais sur le terrain, demandez-lui s’il en est malheureux. Si la réponse est oui, changez-le d’équipe en fin de session. Le monde du sport universitaire et professionnel est rempli d’athlètes qui n’étaient pas des stars à 11 ans. Certains faisaient même partie de la pauvre équipe « B ». Mais on les a fait jouer, ce qui leur a permis d’améliorer leur technique, de prendre confiance en eux et d’aimer leur sport. Aucun trophée d’équipe ne remplace le fait de ne pas participer à un match.

  1. Quand on a peur de mal faire

À force d’être critiqué, de se faire crier dessus quand il commet une faute, de passer trop de temps sur le banc, un enfant se met à craindre de mal faire et abandonne. Les meilleurs joueurs sont ceux qui grandissent dans un environnement où l’erreur est permise, où on les encourage à essayer quitte à se tromper, où on leur explique que l’échec fait partie du jeu et de la progression. Les entraîneurs et les parents qui ne cessent de commenter chaque action d’un match, qui mettent en doute chaque décision prise par le joueur, et qui lui hurle dessus quand il échoue alors qu’il a pourtant fait de son mieux, créent une culture de la peur qui a pour conséquence le décrochage.

La solution : encouragez la prise de risque et l’échec éventuel qui va avec. Ne félicitez pas seulement votre enfant pour les actions réussies pendant le match mais aussi pour sa façon de réagir juste après avoir commis une maladresse. A-t-il repris le ballon? A-t-il tenu tête à un autre joueur? S’est-il battu jusqu’au bout? Complimentez la bonne gestion de ses erreurs et créez ainsi un environnement positif où la peur de se tromper n’existe pas.

  1. Quand on ne se sent pas respecté

Dans l’étude menée en 2014 par l’Université George Washington, les jeunes participants ont listé les caractéristiques qui font un bon entraîneur : respect et encouragement sont arrivés en tête. Je n’ai jamais rencontré un adulte qui aimait que ses amis, sa famille ou ses collègues lui manquent de respect. Pourtant, il suffit d’assister à n’importe quel match pour constater le manque d’indulgence des adultes auprès des enfants dès lors qu’ils ratent une passe. De la même façon, le documentaire The Short Game nous montre de petits prodiges du golf, capables de faire aussi bien à 7 ans à peine que les pros de la PGA, harcelés par leurs parents. Ridicule!

Le monde du sport peut être très dur. Devenir un joueur expérimenté exige des milliers d’heures de pratique et, nous, on voudrait que nos joueurs de soccer de 9 ans prennent toutes les bonnes décisions et que nos joueurs de baseball de 11 ans ne se trompent jamais. Bon nombre d’entraîneurs et de parents qui critiquent les maladresses sportives des jeunes athlètes n’autoriseraient pas un tel comportement de la part d’un professeur d’école ou d’un patron. On ne permettrait pas à nos enfants de venir voir l’un de nos matchs et d’agir de la sorte avec nous, pas vrai?

La solution : appliquez la règle d’or « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Respectez les efforts, la détermination et le courage dont votre enfant fait preuve pour pratiquer un sport dans un monde où les adultes considèrent dorénavant le sport des jeunes comme leur nouveau divertissement. Votre enfant a gagné votre respect simplement en osant entrer dans l’aréna. Respectez-le comme vous voudriez l’être.

De nos jours, aux États-Unis et un peu partout dans le monde, plus de 70 % des enfants abandonnent leur activité sportive à 13 ans. Ceci, alors que près d’un jeune Américain sur 3 est en surpoids ou obèse, ressemble à une mauvaise parodie.

Les adultes impliqués dans le sport chez les jeunes, qu’ils soient parents, entraîneurs ou administrateurs, ont la responsabilité de créer un cadre qui réponde aux besoins, aux valeurs et aux priorités des enfants, non aux leurs. 70 % des jeunes qui décrochent nous disent qu’on a échoué.

Mais on peut changer les règles du jeu et créer un environnement épanouissant pour nos enfants, de façon à ce qu’ils persévèrent. Il nous suffit de mieux communiquer avec eux, de leur demander ce qu’ils retirent de cette expérience sportive et de faire en sorte qu’elle soit la leur.

Il nous suffit de les traiter avec le respect qu’ils méritent et de les laisser apprendre de leurs erreurs.

Il nous suffit de leur offrir un terrain sur lequel ils pourront jouer en toute sécurité.

Un taux d’échec de 70 % fait peut-être gagner des millions au baseball professionnel mais dessert nos jeunes sportifs.

Changeons les règles du jeu, et tout le monde en bénéficiera!

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