La génétique peut-elle prédire le futur sportif de vos enfants?

octobre 25, 2015 Aucun commentaire »
La génétique peut-elle prédire le futur sportif de vos enfants?

Certains enfants sont-ils prédisposés à devenir de grands athlètes grâce à un « gène sportif » dissimulé? La réponse est compliquée. C’est oui, non, en quelque sorte, mais pas vraiment.

Dans son livre à succès The Sports Gene, listé dans le New York Times, l’auteur David Epstein fait état des recherches en génétique de pointe et dépeint des témoignages empiriques de partout dans le monde pour mettre en évidence le rôle des gènes dans le développement d’un athlète.

Au vu de la suprématie kenyane en course de fond, de la supériorité jamaïcaine dans les sprints, du taux d’hémoglobine excessivement élevé chez les skieurs de fond finlandais, de la tolérance à la douleur chez les secondeurs dans la LNF et bien plus encore, une image complexe émerge du livre bien documenté d’Epstein.

S’agit-il simplement d’être pourvu des bons gènes dès la naissance? Ou est-ce que n’importe quel enfant peut devenir champion du monde avec assez d’heures d’entrainement?

Alors que la combinaison idéale de l’inné (les gènes) comparativement à l’acquis (entrainement et environnement) varie selon les sports, la tendance générale suggère que le talent athlétique soit un mélange des deux.

Certains lecteurs seront surpris par cette conclusion, mais la plupart des entraineurs expérimentés ne le seront pas.

Le livre d’Epstein est à propos parce que l’on a beaucoup parlé du talent athlétique qui met l’accent sur l’influence de l’entrainement, ce qui correspond parfaitement au camp de ceux qui privilégient le développement. Dans son livre paru en 2008 Outliers, (Hors-normes) l’auteur Malcolm Gladwell a contribué à populariser la notion de la règle des 10 000 heures – une idée d’abord mise en avant par le talentueux chercheur K. Anders Ericsson au début des années 1990. À la lumière de ses recherches sur le nombre d’heures nécessaires pour devenir un violoniste concertiste, Ericsson a estimé que quiconque accumule 10 000 heures de pratique peut devenir un expert.

(Nul ne sait si Ericsson n’a jamais prétendu étendre ses déclarations à tous les domaines de l’activité humaine, mais le livre de Gladwell a certainement contribué à diffuser la notion de l’entrainement étant le seul élément dont quiconque avait besoin dans n’importe quel domaine.)

Epstein, rédacteur principal à Sports Illustrated, reconnait aussi l’importance de la pratique et de l’entrainement dans le sport, mais il va plus loin en démontrant le rôle des gènes pour générer le « talent » d’un champion du monde.

Une histoire en particulier lui sert d’exemple saisissant par rapport à l’influence de l’inné et de l’acquis sur le développement de l’athlète. Il parle de deux champions du monde en saut en hauteur, l’un dominant par ce qu’il a acquis et l’autre par ce qu’il possède depuis la naissance.

Stefan Holm de la Suède s’est entrainé pendant deux décennies au saut en hauteur et a remporté la médaille d’or aux Olympiques d’Athènes en 2004. Ses années d’entrainement ont fait de lui l’enfant idéal pour la règle des 10 000 heures.

Holm a par la suite été battu à plates coutures aux Championnats du monde de 2007 à Osaka, par quelqu’un qui ne s’était entrainé que pendant huit mois.

Malgré le fait d’être novice dans le saut en hauteur et avec relativement peu de technique, Donald Thomas des Bahamas a battu Holm avec un naturel athlétique. Comme les chercheurs l’ont déterminé par la suite, Thomas était doté de tendons d’Achille exceptionnellement longs qui stockaient des quantités extraordinaires d’énergie pour sauter. Et il a acquis ses tendons d’Achille grâce à ses gènes et non par l’entrainement.

Tous les sports ne peuvent pas démontrer un exemple aussi flagrant des contrastes entre l’inné et l’acquis. Pour la plupart, les histoires portant sur les athlètes dans The Sports Gene, montrent que des gènes et de l’entrainement sont pratiquement toujours nécessaires pour devenir un champion du monde.

Le point capital de la discussion est réduit à la possibilité ou non de prédire le talent basé sur des tests génétiques pour dépister les « bons gènes ». À l’heure actuelle, dit Epstein, la réponse est toujours « non » et il semble probable qu’il en sera de même dans un proche avenir.

Epstein souligne que des douzaines de gènes sont impliqués, simplement pour déterminer notre taille. Et comme pour à peu près n’importe quel trait physique, vous avez peut-être quelques-uns des gênes, ou beaucoup. À partir de là, la question est de savoir si ces gènes sont exprimés ou non. Selon votre environnement et vos interactions avec d’autres gènes de votre collection personnelle qui en compte à peu près 23 000, certains gènes en question peuvent être activés ou non.

À la lumière de cette complexité et imprévisibilité, dit Epstein, si vous voulez faire le test de la grandeur, il vaut mieux utiliser un ruban à mesurer ou considérer la taille des parents. Il en est de même pour la vitesse. Le chronomètre est plus fiable qu’un prélèvement du sang pour rechercher un gène parmi quelques douzaines qui déterminent à quelle vitesse vous pouvez sprinter.

En fin de journée, lorsque nous pratiquons des sports, Epstein déclare que nous devrions juste avoir du plaisir et voir où cela nous mène.

« Chacun profite de l’exercice ou de la pratique du sport à sa manière, » écrit Epstein. « Participer est une expérience de découverte de soi, qui dépasse largement l’atteinte enluminée de la fine pointe de la science. »

Qu’est-ce que cela implique pour nos enfants qui pratiquent des sports et des activités physiques? Dans une récente entrevue accordée à la radio de CBC dans l’émission Quirks and Quarks, Epstein a donné quelques conseils aux parents.

« Je conseillerais une variété de sports dès le plus jeune âge, plutôt qu’une hyper spécialisation dans laquelle nous nous engageons, » dit Epstein. « Toute la science sportive démontre que la grande majorité des élites pratiquent différents sports jusqu’à 12 ou 13 ans avant de se focaliser et il est regrettable que nous nous éloignions de cela.

Si vous avez un tant soit peu d’intérêt pour la génétique et la physiologie humaine, vous aurez certainement beaucoup de plaisir et de fascination à lire The Sports Gene. Les répercussions du livre vont bien au-delà du monde du sport et de l’activité physique, et le style simple, lucide et engageant d’Epstein aidera même les lecteurs occasionnels à apprécier à explorer les éléments essentiels de la génétique humaine.

The Sports Gene:
Inside the Science of Extraordinary Athletic Performance

par David Epstein
352 pages
$28.50 version cartonnée (disponible)
$19.00 livre de poche (disponible le 29/04/14)

The Sports Gene, by David Epstein

Les répercussions de ce livre simple et engageant, vont bien au-delà du monde du sport et de l’activité physique.

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