A group of kids does a team huddle during a rec sports game.

6 questions à poser pour évaluer la qualité d’un programme de loisirs

Cet article a été initialement publié sur Le sport c’est pour la vie.

Le Canada compte plus de 30 000 organisations sportives et récréatives, mais les taux d’abandon restent constamment élevés. La question dérangeante pour tout responsable de programme est la suivante : votre programme est-il vraiment aussi bon que vous le pensez?

Les recherches montrent systématiquement que les expériences négatives (se sentir exclu, sous-estimé ou comme un intrus) sont les principales causes d’abandon des participants. Par ailleurs, la participation reste la plus faible parmi les familles à faible revenu et les groupes marginalisés, ce qui suggère que de nombreux programmes ne sont pas aussi accueillants qu’ils le pensent.

Un sport de qualité ne se résume pas à des installations sophistiquées ou à des records de victoires. Il s’agit plutôt de trouver les bonnes personnes qui font les bonnes choses au bon moment. Voici six questions qui permettent d’aller au-delà des apparences et de se concentrer sur ce qui compte vraiment.

1. Un enfant de 12 ans à développement tardif pourrait-il s’épanouir ici?

À propos de Le sport c’est pour la vie

Le sport c’est pour la vie est un organisme national à but non lucratif composé d’experts en sport et en littératie physique. L’organisation vise à créer un avenir où chacun aura accès à des expériences de qualité en matière de sport et de littératie physique, et ce, en comblant les écarts entre les secteurs, en établissant de nouvelles collaborations avec des institutions canadiennes et en diffusant les connaissances auprès des communautés partout au pays.

Cette question permet de déterminer si votre programme est véritablement axé sur les participants ou s’il est simplement organisé pour convenir aux besoins logistiques.

Imaginez un enfant de 12 ans plus petit que ses camarades, dont la coordination est encore en développement et qui n’est pas encore prêt à rivaliser avec des enfants en avance sur leur croissance qui le dépassent de plusieurs têtes. Dans votre programme, cet enfant jouerait-il autant que les autres? Serait-il regroupé avec d’autres enfants au stade de développement similaire, ou serait-il classé par année de naissance et laissé à lui-même?

Une programmation axée sur les participants implique un regroupement en fonction des capacités, de la taille et de la maturité, et pas seulement de l’âge. Cela signifie que tous les participants participent activement et sont inclus. Cela veut aussi dire qu’il faut prendre en compte la personne de manière globale : son état mental et émotionnel, et pas seulement ses capacités physiques.

En pratique : certaines organisations sportives provinciales/territoriales ont désormais adopté une approche dite de regroupement par stade de développement plutôt que par année de naissance. Lorsqu’un enfant de 12 ans à maturation tardive affronte d’autres enfants au stade physique similaire plutôt que des enfants plus grands et plus forts qui ont atteint leur maturité plus tôt, il relève le défi dont il a besoin sans se décourager. Il s’agit d’un changement simple qui permet de maintenir l’engagement des participants plutôt que de les pousser vers la sortie.

2. Les participants acquièrent-ils des compétences ou répètent-ils simplement chaque saison?

Voici un test simple : prenons un participant qui suit votre programme depuis trois ans. Pouvez-vous identifier des compétences spécifiques qu’il a développées et qu’il ne possédait pas lorsqu’il a commencé?

Les programmes de qualité sont progressifs et stimulants. Les participants développent leurs compétences actuelles, avec la possibilité d’ajuster la difficulté en fonction des capacités individuelles. Au début, il s’agit également d’une initiation : les enfants jouent à différents postes, essaient différentes disciplines, s’essaient à différents sports.

Un jeune footballeur qui ne joue qu’en attaque rate l’occasion de développer un répertoire complet de mouvements. La répétition sans progression, ce n’est pas du développement, c’est de la stagnation.

En pratique : certaines organisations sportives nationales et provinciales utilisent désormais une approche de « bulletin d’évaluation » pour le développement des compétences étape par étape, avec des listes de contrôle qui permettent de suivre les progrès des participants sur plusieurs années. Lorsque vous pouvez montrer à un participant (et à sa famille) exactement les compétences qu’il a développées depuis la saison dernière et celles sur lesquelles il va travailler ensuite, vous passez de la simple gestion d’un programme au développement concret des individus.

Four preteen boys walk together on a soccer field after a game.

3. Vos entraîneurs pourraient-ils expliquer pourquoi ils font ce qu’ils font?

La certification est importante, mais elle ne suffit pas. La vraie question est de savoir si vos entraîneurs comprennent le pourquoi derrière le comment.

Peuvent-ils expliquer les principes du développement à long terme et comment ils s’appliquent à un groupe d’âge spécifique? Savent-ils ce qu’est une « période critique » et comment en tirer parti? Peuvent-ils expliquer pourquoi ils mettent l’accent sur le développement des compétences plutôt que sur la victoire avec des enfants de neuf ans?

Les bons entraîneurs sont formés (par le biais du PNCE ou d’un programme équivalent), sélectionnés, respectent les politiques de protection de l’enfance et s’engagent à suivre une formation continue. Mais les meilleurs entraîneurs sont capables de faire le lien entre la théorie et la pratique. Ils utilisent un langage constructif, impliquent les participants dans le retour d’information et incarnent les valeurs qu’ils essaient d’inculquer.

Tout aussi important : votre organisation renforce-t-elle ses capacités en accompagnant les futurs entraîneurs? Si votre programme dépend entièrement de quelques personnes clés, il suffit qu’une seule d’entre elles souffre d’épuisement professionnel pour que vous vous retrouviez en situation de crise.

En pratique : les modules de formation des entraîneurs autochtones, élaborés par le Cercle sportif autochtone et dispensés par l’Association canadienne des entraîneurs, forment les entraîneurs à comprendre les communautés qu’ils servent, en abordant la culture, les valeurs et la personne dans son ensemble, et pas seulement les compétences techniques. Le principe s’applique universellement : les entraîneurs qui comprennent pourquoi une approche holistique est importante conçoivent de meilleures séances pour n’importe quelle population, qu’ils travaillent avec des jeunes autochtones, des nouveaux arrivants ou tout autre groupe.

4. Qu’arrive-t-il à l’équipe qui perd?

La façon dont les participants vivent les défis et les succès, qu’ils gagnent ou perdent, détermine s’ils restent ou s’ils partent.

Regardez un match déséquilibré dans votre ligue. Que se passe-t-il du côté des perdants? Ces enfants sont-ils toujours motivés, continuent-ils d’apprendre, connaissent-ils encore des moments de succès? Ou ont-ils perdu toute motivation et attendent-ils le coup de sifflet final?

Une compétition constructive maintient les participants dans la « zone de défi » : ni trop difficile au point d’être démoralisante, ni trop facile au point d’être ennuyeuse. Cela nécessite des équipes équilibrées, des règles modifiées, des matchs entre petits groupes et des formats qui permettent à tout le monde de jouer plutôt que d’éliminer des participants.

Au début, les dirigeants doivent mettre l’accent sur le développement des compétences plutôt que sur la victoire. La compétition doit renforcer ce qui a été pratiqué à l’entraînement et donner aux participants la possibilité de tester leurs nouvelles compétences dans des situations de jeu, et non pas seulement déterminer qui a les athlètes les plus prometteurs.

Les écarts de score trop fréquents sont souvent le signe qu’il faut repenser la structure de la compétition.

En pratique : les Jeux autochtones de l’Amérique du Nord conçoivent la compétition autour de l’expérience des athlètes, et pas seulement des résultats sur le podium. Les équipes sont équilibrées, l’accent est mis sur le développement personnel et l’environnement célèbre la culture en même temps que le sport. Une étude d’impact social a révélé que 89 % des participants se sentaient plus confiants grâce à la compétition et que 96 % avaient l’intention de rester actifs par la suite. C’est ce qui se passe lorsque la compétition est conçue pour valoriser les individus, et non pour les éliminer.

5. Qui est absent, et pourquoi?

Examinez attentivement qui participe à votre programme. Puis demandez-vous : qui n’est pas là?

Les lieux de qualité sont inclusifs et accueillants, mais l’inclusion ne se résume pas à l’absence de barrières explicites. Il faut concevoir activement des programmes afin que les participants se sentent inclus. Votre processus d’inscription est-il accessible aux familles dont le niveau d’anglais est limité? Vos tarifs sont-ils réalistes pour les ménages à faibles revenus? Vos installations sont-elles physiquement accessibles? Vos supports promotionnels reflètent-ils la diversité de votre communauté?

Au-delà de l’accès, pensez à l’environnement lui-même. Votre équipement est-il en bon état et adapté à la taille des participants? Les infrastructures sont-elles propres, bien éclairées et bien entretenues? Disposez-vous d’un personnel formé aux premiers secours et de politiques claires en matière d’intimidation, de harcèlement et d’inconduite?

Et surtout : est-ce vraiment amusant? Les recherches sur les raisons pour lesquelles les enfants font du sport placent le « plaisir » en tête de liste, mais le plaisir ne se résume pas à des sourires. Il s’agit d’un niveau de défi approprié, de relations de soutien, d’un sentiment d’amélioration et d’appartenance. Si votre programme n’offre pas cela, les participants iront voir ailleurs.

En pratique : à l’Organisation des jeunes du parc-Extension à Montréal, de nombreuses familles ne parlent ni anglais ni français. Les entraîneurs se rendent donc dans les classes des écoles du quartier pour expliquer comment les enfants peuvent s’inscrire et qui contacter pour obtenir une aide financière. Il s’agit d’une adaptation simple qui répond directement à la question « qui est absent? » et montre ce qui se passe lorsque les programmes répondent aux besoins des communautés.

A girl stands on a beach court, holding a padel racquet.

6. La conception de votre programme correspond-elle à vos convictions?

Il s’agit là d’une question fondamentale. De nombreuses organisations affirment croire au développement à long terme, à la littératie physique et à la croissance holistique des participants. Mais rares sont celles qui ont aligné leurs programmes réels sur ces convictions.

Votre programme est-il conforme au cadre de développement à long terme de votre organisation sportive nationale? Les entraînements sont-ils bien préparés et dispensés dans le cadre de plans saisonniers et annuels? Au début, développez-vous les habiletés motrices fondamentales en même temps que les habiletés spécifiques au sport?

Les programmes de qualité offrent aux participants des possibilités adaptées à leur niveau de développement, ce qui peut se traduire par différents niveaux, différents types de jeu ou des voies d’accès à d’autres sports. L’objectif n’est pas de garder tous les participants dans votre programme pour toujours, mais de leur donner ce dont ils ont besoin à chaque étape afin qu’ils restent actifs toute leur vie.

En pratique : Free Play (anglais) à Edmonton, autrefois appelé Free Footie, est un programme de soccer gratuit après l’école, conforme aux principes de développement à long terme, et c’est là qu’Alphonso Davies (article en anglais) a commencé à pratiquer un sport organisé. Mais le programme n’a pas seulement éliminé un obstacle financier, il a également permis aux enfants d’accéder à un cheminement de développement. Davies est passé de Free Footie à des clubs locaux, puis à l’académie des Whitecaps de Vancouver et enfin au Bayern Munich. Une qualité à chaque étape, avec des liens clairs entre elles : voilà à quoi ressemble le développement à long terme en action.

La question la plus difficile

Ces six questions n’ont pas pour but d’être cochées une fois puis rangées ensuite. Elles servent plutôt à mener une réflexion continue, idéalement avec vos entraîneurs, votre conseil d’administration et même les participants eux-mêmes.

La grille de vérification du sport de qualité pour les communautés et les clubs de Le sport c’est pour la vie offre un cadre complet pour ce type d’évaluation. Mais cet outil ne fonctionne que si vous êtes prêt à entendre des réponses qui peuvent vous mettre mal à l’aise.

La plupart des responsables de programmes croient sincèrement en ce qu’ils font, et la plupart font beaucoup de choses bien. Mais il existe une lacune commune : lorsque les participants quittent le programme, il est facile de supposer qu’ils « n’étaient pas engagés » ou qu’ils « ont trouvé d’autres centres d’intérêt ». C’est parfois vrai. Mais parfois, ces enfants ont découvert un autre programme qui leur a permis de se sentir plus compétents, plus stimulés et plus intégrés.

Ces questions méritent d’être réexaminées régulièrement, non pas dans le but de porter un jugement, mais afin de combler le fossé entre le programme que vous avez l’intention de mettre en œuvre et celui que les participants vivent en réalité.

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