
La règle des 17 secondes et l’importance du jeu risqué
Notre enfant du milieu a toujours été « aventureux ». Nous grincions des dents à le voir grimper aux arbres, courir à toute vitesse et s’élancer dans les plus hautes glissoires (pas toujours pieds devant).
Il pratiquait ce qu’on appelle le « jeu risqué ».
Qu’est-ce que le jeu risqué?
Cette notion désigne tout jeu qui est source de stimulation et de défi et qui implique une certaine prise de risque et une possibilité de blessure. C’est le type de jeu excitant qui teste les limites de l’enfant et met les nôtres à l’épreuve. On s’entend généralement pour répartir le jeu risqué en six catégories :
- Jeu en hauteur : grimper aux arbres, aux modules ou sur de grosses roches, marcher sur des rondins, se balancer le plus haut possible, etc.
- Jeu à grande vitesse : le plus vite possible, courir, patiner, faire du vélo ou du skateboard, etc.
- Jeu avec des outils : utiliser un couteau pour sculpter un bâton de bois, un marteau et des clous pour construire une cabane, etc.
- Jeu à proximité d’éléments dangereux : clapoter dans un ruisseau, s’occuper d’un feu de camp, etc.
- Jeu comportant le risque de se perdre : se promener dans les bois, se cacher, marcher devant pour se rendre à l’école, etc.
- Jeu turbulent et désorganisé : jouer à se bagarrer, faire de l’escrime avec des bâtons, etc.

Pourquoi le jeu risqué est-il si important?
Au début, mon premier réflexe avec mon enfant était : mieux vaut prévenir que guérir.
Mais à force de le voir s’exécuter avant de pouvoir l’avertir d’un quelconque danger, j’ai réalisé que non seulement il arrivait à se débrouiller, mais qu’en plus il gagnait en confiance et s’amusait!
Les enfants qui, durant un jeu libre, se risquent à grimper plus haut ou à courir plus vite, entre autres, apprennent à reconnaître leurs limites (et ainsi à développer leur vigilance), à résoudre des problèmes et à prendre des décisions. Ces enfants gagnent en courage, en curiosité et en créativité. En outre, savoir comment repousser ses limites tout en s’amusant développe l’envie de le faire et de surmonter ses craintes.
Comment ne pas intervenir
Mon fils découvrait ses limites et les repoussait, mais il a eu son lot d’égratignures et de coupures. Elles étaient toutes mineures, cependant, et faisaient partie de son cheminement personnel.
Et le voir repousser ses limites a fini par dissiper mes craintes.
À l’inverse, quand la nervosité parentale est manifeste, elle peut gagner l’enfant. Alors, comment faire pour transmettre à nos enfants notre confiance et leur laisser assez de temps et d’espace pour découvrir les choses par eux-mêmes?
Mariana Brussoni, professeure au département de pédiatrie de l’Université de la Colombie-Britannique et enquêtrice pour le BC Children’s Hospital Research Institute et la BC Injury Research & Prevention Unit, est une grande partisane de la règle des 17 secondes.
Dans un contexte de jeu libre, au lieu d’intervenir dès que votre enfant fait quelque chose qui vous inquiète, prenez un pas de recul. Respirez. Comptez jusqu’à 17. Puis regardez.
Il est parfois difficile de ne pas imaginer le pire, et de ne pas intervenir pour empêcher notre enfant de concrétiser nos peurs. Quelle est donc la première chose à faire pour casser cette habitude? La règle des 17 secondes nous permet de ralentir la roue de nos pensées et d’empêcher la peur de dicter notre conduite.
Ralentir nous donne l’occasion d’évaluer si la situation requiert effectivement notre intervention, mais aussi d’apprécier les aptitudes de l’enfant et les nombreux bienfaits de l’autonomie. La règle des 17 secondes est une première étape utile pour repenser notre façon d’aborder le jeu risqué.
-Mariana Brussoni
Durant ces 17 secondes, nous donnons à nos enfants l’occasion de trouver des solutions et de réfléchir à leur prochaine étape. Nous leur montrons également que nous avons confiance en eux.

Comment appliquer la règle des 17 secondes
Même si nous voulons être là lorsque nos enfants jouent, comment adopter la règle des 17 secondes et laisser aux enfants le temps et l’espace nécessaires pour développer leurs aptitudes et leur confiance?
- La prochaine fois que vous verrez votre enfant se balancer sur des barres de singe, au lieu de courir pour le rattraper, prenez un pas de recul, comptez jusqu’à 17 et voyez si votre enfant y arrive sans vous.
- À l’heure du départ pour l’école, laissez votre enfant sortir et commencer à marcher sans vous. Comptez jusqu’à 17 avant de partir à votre tour.
- Lorsque votre enfant essaie d’atteindre une branche plus haute, comptez jusqu’à 17 avant de lui dire : « Fais attention! »
- Si votre enfant se chamaille avec d’autres, prenez 17 secondes pour évaluer si c’est un jeu ou une vraie bagarre. (Bagarre ludique = sourires, rires; bagarre réelle = pleurs, accès de rage.)
- Lorsque votre enfant se sert d’un couteau pour transformer un bâton en baguette magique, et que la coupure est selon vous inévitable, attendez 17 secondes et voyez si votre aide est requise.
- Lors d’une randonnée, attendez 17 secondes avant d’indiquer à votre enfant la présence de racines, roches et autres obstacles.
- Lorsque votre enfant décide de rouler en bas d’une pente abrupte, comptez jusqu’à 17 avant de lui dire de ralentir.
Après 17 secondes, si tout va bien, n’hésitez pas à encourager ou à féliciter votre enfant :
- « Tu te débrouilles très bien! »
- « J’ai bien aimé te voir trouver la meilleure façon de grimper à l’arbre! »
- « Ton équilibre sur les rondins m’impressionne! »
La règle des 17 secondes permet à petits et grands de gagner en confiance en soi et en l’autre; et pour l’enfant, c’est un pas franchi vers son bien-être à long terme.





