Vertus thérapeutiques de la découverte de soi : une olympienne conseille les parents

Pour Martha, tenir un journal est plus qu’un passe-temps, c’est la clé de sa réussite, dans le sport comme dans la vie. Il lui a pourtant fallu un premier et douloureux échec pour prendre réellement conscience de l’effet bénéfique de cet exercice d’autoréflexion sur ses performances.  

Petite, Martha adorait nager. Mais ce n’est qu’une fois à l’université que la natation est devenue chose sérieuse. Résolue à se qualifier pour les Jeux olympiques de 2008, elle change complètement de mode de vie : quinze entraînements viennent rythmer sa semaine, dix dans l’eau et cinq en salle. Elle se met à s’intéresser à son alimentation et suit régulièrement des séances de physiothérapie. 

« J’ai accroché les anneaux olympiques au-dessus de mon lit pour qu’ils soient la première chose que je vois en me levant et la dernière en me couchant. Je ne me suis concentrée que sur ces JO. Les anneaux rendaient tous mes choix plus faciles : me donner à fond pendant un entraînement, dire non à une sortie entre amis, manger correctement, me coucher tôt. »

Quand Martha apprend qu’elle n’est pas prise dans l’équipe olympique, elle est complètement déstabilisée.

« J’étais anéantie. Je me suis mise à broyer du noir, j’avais envie de tout abandonner. Je me disais que si je n’étais pas capable d’y arriver à 19 ans, c’est que je n’étais pas assez douée tout simplement. Autant laisser tomber. Ne pas intégrer cette équipe olympique a été le premier et le plus grand échec de ma vie. »

Aujourd’hui, Martha voit cette déception comme une étape cruciale dans son développement. Elle s’est relevée, a pansé ses blessures et a repris le chemin de la piscine, bien décidée à en apprendre plus sur elle-même.

« Après 2008, tenir un journal est devenu essentiel. Mes objectifs de la journée, mon ressenti, mes comportements, je notais tout. Écrire m’a permis de prendre le temps de réfléchir, de penser à moi. »

Grâce à l’écriture, l’obsession d’un objectif ambitieux et lointain a cédé la place à un engagement au jour le jour et au plaisir de chaque étape franchie. « Je me fixais des buts plus précis, comme travailler mon battement de pieds. »

Martha a également pris conscience de son besoin d’équilibre.

Elle s’est rappelé que petite, elle n’avait pas plongé tête première dans la natation. Ce sport est connu pour son horaire exigeant : nombreux sont les enfants qui s’entraînent dix fois par semaine. Martha, elle, s’en est tenue à cinq, jusqu’à ce qu’elle vise la qualification pour les Jeux de 2008.

« Mes parents ont su préserver mon équilibre. Avec le recul, je suis contente qu’ils aient limité mes séances d’entraînement à la piscine. À côté, je courais, je jouais au basket et au hockey. Ma mère et mon père m’encourageaient, quelle que soit l’activité : ils voulaient que je m’amuse, que ce soit un plaisir. »

Pour retrouver cet équilibre et avoir une vie en dehors de la piscine, Martha s’est mise en colocation avec des non-nageurs. Partager son temps avec des personnes ayant d’autres centres d’intérêt a été l’échappatoire idéale.

En faisant en sorte que tout ne se résume pas à un seul but, elle a pu apprécier son sport à sa juste valeur. « J’allais nager tous les jours par plaisir et non plus pour intégrer l’équipe olympique. »

Cette découverte de soi et cet équilibre de vie ont fini par payer.

Martha a représenté le Canada aux Jeux olympiques : une première fois en 2012 où elle a décroché la cinquième place au 200 m brasse, une seconde fois en 2016 en tant que capitaine de l’équipe de natation.

Aujourd’hui, Martha met son expérience au service de son organisme, Head to Head, qui donne la parole aux athlètes olympiques via des conférences sur la résilience et le bien-être psychologique.

« L’échec est inévitable, insiste-t-elle. Head to Head donne aux jeunes des moyens de rebondir. »


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Les athlètes sont bien placés pour en parler, eux qui sont parvenus à la victoire en surmontant les obstacles croisés sur leur parcours.

« Il ne suffit pas de courir ou de nager vite pour être un bon mentor. L’athlète capable d’accompagner la prochaine génération ou de créer des liens avec le milieu des affaires est celui qui se connaît, qui sait pourquoi il est bon, qui a pris le temps de l’autoréflexion. »

Martha est également devenue un modèle inspirant pour la communauté LGBTQ2. À la fin de sa carrière d’athlète, elle a révélé son homosexualité, soulignant l’importance pour les jeunes nageurs et nageuses d’avoir une représentation LGBTQ2 dans leur sport.

« Le sport m’a tellement donné confiance en moi que, quand j’ai enfin su qui j’étais vraiment, je n’ai pas hésité à en parler ouvertement. Cette assurance, elle vient du sport », conclut-elle avec un sourire victorieux.

Les 4 conseils d’une olympienne aux parents d’athlètes

1. Fêtez tous les succès, petits ou grands

« Quand un enfant atteint un de ses grands objectifs, c’est génial et ça se fête », note Martha McCabe tout en soulignant l’importance de s’intéresser à toutes les étapes entre deux compétitions et de questionner l’enfant au quotidien : « Comment s’est passé ton entraînement? Bien? Super! Félicitations! On va fêter ça! » L’exploit n’étant pas toujours au rendez-vous, mieux vaut se réjouir de chaque petite victoire.

2. Posez des questions au lieu de dire quoi faire

« Plus les parents et les entraîneurs posent de questions, mieux c’est », note Martha. En demandant à un enfant si le sport qu’il pratique lui plaît toujours autant, comment il se sent cette semaine en se couchant plus tôt par rapport à la semaine précédente, on l’incite à trouver lui-même les réponses. « Se découvrir soi-même a beaucoup plus de force que de s’entendre dire quoi faire. »

3.  Encouragez l’autoréflexion

« Comment ça va à l’école cette semaine? Comment te sens-tu? As-tu envie de l’écrire? En gardant une trace, l’enfant peut repérer certains types de comportements et de sentiments en lien avec ses performances, constate Martha. Il va peut-être se rendre compte que la semaine dernière était mauvaise, que celle-ci est mieux, se demander ce qui a changé et réfléchir à la façon d’en tirer parti. »

4.  Variez les activités physiques

Martha aime le sport en général et est convaincue qu’elle le doit à ses parents, qui ont insisté pour qu’elle ne passe pas, petite, son temps à la piscine. « Je crois au multisports, du moins au début, affirme-t-elle. Les parents devraient encourager leur enfant à pratiquer un éventail d’activités physiques. Si un enfant aime nager, on veut que ça dure longtemps. Sauf qu’un nageur n’a pour seule vue que le fond du bassin et ses lignes noires : ça peut être démotivant.

Laissez votre enfant essayer plusieurs sports, même si ce n’est que pour une saison. » Plus un enfant pratiquera de sports différents, plus il accumulera savoir et habiletés, qui lui seront utiles par la suite pour atteindre n’importe quel objectif.

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