Cultiver des esprits forts : les conseils de l’olympien Philippe Marquis pour accroître la confiance en soi grâce au sport

À la place de Philippe Marquis, la plupart des gens auraient abandonné.

En 2018, il visait le podium olympique aux bosses masculines. Un mois avant la compétition, il s’est déchiré le ligament croisé antérieur, qui stabilise l’articulation du genou. « Ça n’a même pas été une chute, se souvient-il, juste la violence d’un virage, un impact brutal qui a peut-être aggravé des dommages préexistants. »

Qui est Philippe Marquis?

Philippe Marquis est un double champion olympique en ski acrobatique.  

Il avait déjà prouvé qu’il était un des meilleurs au monde en se classant troisième lors d’une épreuve test sur le parcours olympique, mais il a suffi d’un seul incident fâcheux pour que son rêve de médaille olympique s’évapore. « J’ai tout de suite su que je n’obtiendrais pas le résultat pour lequel je m’étais entraîné pendant des années.

Malgré sa blessure, Philippe n’a pas abandonné. Incapable de marcher sans boiter, il s’est tout de même présenté à la compétition. Contre toute attente, malgré sa blessure, il s’est qualifié en huitième position et s’est rendu aux finales olympiques.

Sa confiance en lui et sa capacité à redéfinir le succès lui ont permis de traverser cette crise avec une grâce admirable. Son histoire a inspiré une nation entière, et le sportif en a tiré des leçons qui améliorent encore sa qualité de vie aujourd’hui, près de trois ans après la fin de sa carrière d’athlète compétitif.

Une question de confiance

Deux fois olympien, Philippe n’a pourtant pas toujours été un athlète très sûr de lui. « Dans ma carrière, il y a eu des hauts et des bas, se souvient-il. Il y a eu des moments où je me suis demandé pourquoi je m’imposais cet entraînement intensif, pourquoi je me lançais un tel défi.

Dans sa jeunesse, c’est surtout sa taille qui ébranlait sa confiance. « Je mesure cinq pieds six pouces et je pèse 150 livres, dit-il en riant. Et ça c’est aujourd’hui, à l’âge adulte.

Le frère aîné de Philippe, Vincent, a représenté le Canada aux Jeux olympiques de 2010, également en ski acrobatique. L’écart de cinq ans entre les garçons posait problème au plus jeune frère, qui avait toujours du mal à suivre : « Il y a une photo de nous en tenue de football. Mon frère mesurait une tête de plus que moi. On se rentrait dedans jusqu’à ce que je pleure. C’était ça, le jeu, dit-il en riant. Quand je pleurais, c’était terminé. »

La mère de Philippe lui répétait qu’un jour, il serait aussi grand que son frère, mais cela ne s’est jamais produit.

« J’ai toujours eu de la détermination, mais je me sentais physiquement inférieur, surtout au secondaire, quand certains de mes amis avaient leur poussée de croissance et que je restais si petit. »

Philippe Marquis voulait jouer au hockey et au football, mais il se sentait limité par son corps. Cependant, sa stature compacte, avec son centre de gravité plus bas et son meilleur équilibre, constitue un avantage à l’épreuve des bosses. « Finalement, en acceptant mon corps et en exploitant ma taille, j’ai acquis plus de confiance en moi. »

Rebondir après des blessures

Les blessures ont également ébranlé la confiance du sportif. « Pour ce qui est des blessures, j’en ai vu des vertes et des pas mûres au cours de ma carrière. J’ai subi deux opérations à l’épaule, avant même la reconstruction de mon ligament après les Jeux olympiques de 2018. »

Le temps de récupération a affecté les qualifications et les chances d’être sélectionné en équipe, des facteurs déterminants pour l’avenir d’un athlète. Mais Philippe soutient que ses blessures l’ont rendu plus fort : « Ma première opération, en 2011, a été une révélation : j’ai compris à quel point j’aimais le ski et à quel point ça me manquait. Cette prise de conscience m’a poussé à revenir en force. »

En changeant sa façon de voir les blessures – en les percevant comme une occasion de transformation, de croissance et d’engagement renouvelé –, Philippe Marquis a non seulement survécu au temps d’arrêt, mais il s’en est aussi servi pour exceller dans son sport.

« Chaque blessure m’a appris quelque chose sur moi-même dont j’ai tiré profit par la suite. Lorsque je reviens après un arrêt forcé, je suis le même athlète, mais j’ai de nouveaux outils qui m’aident à persévérer et à mieux performer. »

La comparaison, ennemie de la confiance

Tôt dans sa carrière, l’autre obstacle qui a miné sa confiance a été sa fixation sur les capacités des autres athlètes. Lors de sa première Coupe du monde, Philippe s’est mesuré à des athlètes qu’il admirait depuis des années, des skieurs qu’il avait vus à la télévision.

« J’avais regardé des heures et des heures de vidéos YouTube où on pouvait les voir en compétition. J’étais très intimidé. » Si Philippe Marquis souligne qu’on peut effectivement apprendre des meilleurs en les observant, il admet que son admiration de leurs performances a aussi instillé en lui un sentiment d’infériorité : l’admirateur faisait maintenant face aux célébrités. Il a dû changer de mentalité.

Sa longue rivalité avec son frère aîné allait lui être utile : l’esprit de compétition, il en savait quelque chose. « Nous étions les meilleurs amis du monde, dit-il, mais je vous jure que nos compétitions étaient loin d’être amicales, elles! » Même de nos jours, cette nature compétitive conditionne ses relations avec les athlètes qu’il entraîne au Colorado. « Je ne les laisse pas gagner, dit-il avec un sourire. Jamais. »

Au sein de l’équipe nationale de ski, lorsque lui et ses coéquipiers pratiquaient d’autres sports, Philippe aimait agir de manière quelque peu arrogante, étaler sa confiance, taquiner les gens. « Toujours de manière respectueuse, ajoute-t-il. Ça va de soi. »

Un tournant s’est opéré lorsque Philippe a compris qu’il n’avait pas la même confiance en lui lors de ses performances en ski. « J’ai su que je devais agir de la même façon sur les pentes. »

Un exercice mental

C’est après ses premiers Jeux olympiques, en 2014, que Philippe Marquis a effectué cette transition mentale. « J’ai compris que je ne pouvais pas me présenter aux épreuves en ayant l’impression d’être inférieur, avec l’idée que je me satisferais de la dixième ou vingtième place. Il fallait que j’y aille en ayant la certitude d’être le meilleur. En regardant les athlètes autour de moi, je devais sans cesse me dire : “Je peux les battre.” »

C’est ce qu’il a fait. Pendant les quatre dernières années de sa carrière compétitive, Philippe est resté dans le top cinq mondial, concourant au coude à coude avec Mikael Kingsbury, le meilleur de ce sport. 

Il attribue ce succès à son changement d’état d’esprit et affirme que toute l’équipe canadienne de ski acrobatique partageait cette attitude. « Nous avions une confiance inébranlable. Nous savions que nous étions les meilleurs. »

La confiance, un travail de longue haleine

Aujourd’hui, dans son rôle d’entraîneur, Philippe Marquis aide les jeunes athlètes à développer ce type de confiance. Il insiste sur le fait que les esprits forts n’émergent pas du jour au lendemain.

Il considère la peur comme l’obstacle numéro un sur le chemin de la confiance. Dans un sport acrobatique comme les bosses, la peur des blessures est naturelle, mais elle doit être surmontée. Dans n’importe quel sport, il est normal d’avoir peur de ne pas atteindre son potentiel ou de décevoir les attentes. 

Philippe Marquis a combattu sa crainte des blessures grâce à l’entraînement : il s’est fié à la répétition pour réduire la probabilité d’une chute. « Plus on développe des compétences solides, dit-il, plus on a confiance en soi et moins on réagit à la peur. »

La peur de décevoir les autres peut être plus difficile à surmonter : « Pendant longtemps, j’ai eu très peur de me décevoir et de décevoir les autres. J’avais du mal à concourir au Canada et je préférais les compétitions à l’étranger, où je ressentais moins de pression.

« Lorsque je touchais le fond, ma famille et mes amis étaient toujours là pour me soutenir. Avec le temps, j’ai fini par comprendre qu’ils allaient toujours me soutenir. Ce n’est pas la course de 25 secondes qui définit mon parcours : ce sont les 364 autres jours de l’année – la personne que je suis, mon comportement, mon leadership, mon rôle de modèle – qui déterminent la façon dont les gens me voient et me soutiennent. »

Au final, Philippe considère comme un succès sa performance olympique de 2018, où il a concouru avec une déchirure du ligament croisé antérieur. « J’en suis intimement convaincu, parce que je suis resté fidèle à moi-même. Je suis arrivé brisé aux Jeux olympiques. Je n’avais rien d’un athlète typique, au sommet de sa forme et avec une concentration inébranlable. J’étais tout le contraire : le chaos absolu. Je boitais dans le village olympique. J’essayais de skier 250 mètres de bosses totalement glacées. C’était effrayant. »

Mais il s’est dit : « Je suis ici parce que je le veux.  Je mérite d’être ici. »

« J’ai perçu ces Jeux olympiques comme un test, mais je savais aussi que mon histoire pouvait être une source d’inspiration pour les autres. Je me suis engagé comme mes parents me l’ont appris : jusqu’au bout. »

Philippe porte encore cette confiance avec lui après toutes ces années : « L’athlète en nous-mêmes forge le caractère. » Sa confiance en soi et son état d’esprit positif l’aident à prendre des décisions au quotidien : « Ce qui importe, ce n’est pas ce qu’on décide de faire, c’est la façon dont on le fait », déclare-t-il, sourire aux lèvres.

Le sport lui a appris à tout entreprendre avec assurance et détermination.

Trois conseils pour les parents de sportifs :

1. Mettez l’accent sur le travail d’équipe, même dans les sports individuels.

Philippe remercie le soccer pour ce qu’il lui a appris dans sa jeunesse : il faut créer un esprit d’équipe basé sur la camaraderie et sur le respect.

« On est énormément influencés par les gens qui nous entourent. Quand un coéquipier a une baisse d’énergie ou traverse une mauvaise passe, cette humeur négative a une incidence sur toute l’équipe, même dans un sport individuel. Ultimement, cette ambiance affecte les performances. Plus on renforce l’esprit d’équipe et pousse chacun à donner le meilleur de soi, plus on crée les conditions favorables aux moments de pure magie.

Aujourd’hui, Philippe Marquis encourage le travail d’équipe et la culture positive au sein du Ski & Snowboard Club Vail, où il agit à titre d’entraîneur-chef. C’est la confiance de l’équipe qui encourage la confiance individuelle, et par le fait même améliore la performance.

2. Donnez l’exemple d’un mode de vie sain et actif à vos enfants.

Puisque Philippe et son frère Vincent se sont tous deux qualifiés pour les équipes olympiques, on pourrait s’attendre à ce qu’ils aient des parents extraordinairement athlétiques.

« Oui, mes parents sont très actifs, avoue l’athlète. Quand on a participé à des compétitions toute sa vie et qu’on sort finalement de cet univers, c’est inspirant de voir ses parents continuer à faire du sport. Je veux m’assurer que le sport fasse toujours partie intégrante de ma vie. »

Ses parents incarnent les bienfaits physiques et émotionnels d’un mode de vie actif. « Les jours où je reste enfermé devant mon ordinateur toute la journée, je suis grognon et j’ai du mal à m’endormir. Chimiquement, le corps a besoin de bouger. De plus, le sport est une belle occasion de se rapprocher des gens et de se connecter à son environnement naturel. C’est un excellent moyen de demeurer en bonne santé, concentré, et d’avoir confiance en soi et en son corps. »

3. Concentrez-vous moins sur le résultat que sur le processus.

Nous évoluons dans un système axé sur le sommet, sur la meilleure performance. Pour les enfants, cette pression excessive gâche l’expérience. « Aux Olympiques, c’est bien de mettre l’accent sur la performance; mais lorsqu’on impose cette exigence à un jeune athlète qui s’amuse ou commence tout juste à faire de la compétition, ça devient un problème. » 

Pour renforcer la confiance des athlètes, Philippe Marquis soutient qu’on doit repartir de la base : développer les fondements, partager la passion du sport, de tous les sports, mettre l’accent sur le plaisir, apprendre aux enfants qu’ils font partie d’un tout.

Il faut leur enseigner à attraper et à lancer une balle, à faire la roue. « Il faut qu’ils sachent se déplacer dans l’espace, dit Philippe Marquis. C’est ainsi qu’on développe la confiance en soi. Ça prend du temps. »


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