Leçons de vie en matière de leadership : Adam Kreek, médaillé d’or olympique, explique comment le sport chez les jeunes aide à former des adultes accomplis

Enfant, Adam Kreek n’aimait même pas le sport.

Quoiqu’issu d’une famille d’athlètes, dont le père était entraîneur de basketball et le grand-père, personnage légendaire, avait remporté une médaille d’or en lancer du poids aux Championnats d’Europe, le jeune Adam Kreek préférait les cours de musique.

« Je fréquentais une petite école, qui m’a dirigé vers le sport. Chaque garçon devait jouer pour qu’on puisse constituer une équipe. J’ai donc joué au soccer, au basketball, puis, au secondaire, au football, et j’ai aussi fait du lancer du poids. »

Adam Kreek

Adam Kreek a participé deux fois aux Jeux olympiques et a remporté une médaille d’or en aviron dans l’épreuve du huit masculin en 2008 à Beijing.

Bien qu’Adam – un jeune homme grand et musclé – ait réussi en athlétisme, il n’a jamais accordé beaucoup de valeur au sport lui-même. « Le sport était un moyen d’exercer mon potentiel, d’apprendre la discipline, de voir le monde. »

Même aujourd’hui, en tant qu’adulte et ex-athlète olympique, Adam soutient que les leçons les plus importantes du sport ont très peu à voir avec la notion du sport pour le sport.

Adam Kreek a travaillé dur et s’est amélioré; cette progression, ainsi que les amis qu’il s’est faits en cours de route, l’a encouragé à continuer à relever le défi sportif. « J’aimais être avec les gens et nouer le genre de liens qu’on crée grâce aux défis du sport. »

Les bons entraîneurs au bon moment

Comme Adam Kreek n’aimait pas les sports de ballon, ses parents l’ont envoyé dans des camps multisports l’été, notamment le camp « sport à volonté » de l’Université Western. Ils l’ont sans cesse encouragé à essayer diverses activités sportives dans l’espoir que l’une d’entre elles suscite son intérêt.

En secondaire cinq, Adam a fréquenté par hasard la même école que la fille de Walter Benko, entraîneur du London Rowing Club. M. Benko et son coentraîneur Peter Carson ont encouragé le jeune Adam à se joindre à l’équipe d’aviron.

« Je jouais au football l’automne, au basketball l’hiver, alors je me suis dit : Je suppose que je vais faire de l’aviron au printemps. » 

Malgré le succès initial d’Adam, les entraîneurs Benko et Carson ne se sont pas empressés de tirer parti de son potentiel. Au lieu de cela, ils lui ont dit de « ne pas trop pousser ».

Dans un sport où la puissance et l’endurance sont cruciales, les hommes ne réalisent leur plein potentiel qu’entre 28 et 32 ans. Adam Kreek se souvient que ses entraîneurs lui ont dit : « Tu pousseras plus tard. » « Trop de jeunes athlètes s’épuisent trop tôt. Il faut prendre plaisir à être en forme et à faire de la compétition. Les avironneurs qui gagnent maintenant ne sont pas ceux qui gagneront plus tard. »

Avec le recul, Adam Kreek est reconnaissant d’avoir eu des entraîneurs qui ont tempéré son enthousiasme, qui l’ont amené à avoir une vision claire et à adhérer à cette vision pour établir des priorités saines qui l’ont mis sur la voie du succès.

Les entraîneurs comme leaders

En tant qu’athlète olympique, Adam Kreek a travaillé avec l’entraîneur Mike Spracklen, qui a remporté une médaille en aviron à tous les Jeux olympiques de 1984 à 2012.

Le programme d’entraînement de M. Spracklen était éreintant. Adam et ses coéquipiers s’étaient engagés à faire 50 semaines de travail physique intense par an, avec seulement deux semaines de repos après chaque championnat du monde. Ils effectuaient 18 séances d’entraînement par semaine, à raison de cinq à sept heures par jour. Pour fournir ce rendement, ils devaient consommer de 8 000 à 12 000 calories chaque jour. Ils devaient également trouver le temps de faire les quatre lessives quotidiennes occasionnées par ce régime.

« C’était une existence rigoureusement structurée. »

Adam se souvient de s’être levé à 5 h 30 chaque matin en sachant que chacune de ses heures d’éveil allait être comptabilisée et qu’il serait astreint à cette routine jour après jour, semaine après semaine, mois après mois.

Comment Mike Spracklen a-t-il pu inspirer un tel dévouement et une telle discipline à ses athlètes? 

« Spracklen incarnait l’excellence et l’esprit de compétition, mais il n’obligeait personne à faire quoi que ce soit, se souvient Adam. Au lieu de faire des demandes, Spracklen posait des questions ciblées : Accordes-tu de l’importance au processus? Quel est ton objectif final? Vas-tu t’engager à fond pour y parvenir?

« Si l’objectif d’une personne consistait à gagner une médaille d’or olympique, Spracklen acceptait de l’entraîner. Si elle voulait tout simplement vivre une expérience olympique – aller aux Jeux et recevoir un t-shirt –, ce qui est une attente parfaitement acceptable, il lui fallait trouver un autre entraîneur. »

En tant que leader, Mike Spracklen a tracé la voie et créé un programme d’entraînement à haut rendement. Par la suite, les athlètes ont dû choisir eux-mêmes s’ils voulaient emprunter cette voie. Spracklen motivait ses athlètes au moyen de questions et de défis : jamais il ne donnait d’ordres.

Les leçons du sport en matière de leadership

Lorsqu’il était plongé dans sa carrière d’athlète, Adam Kreek n’aurait pas été capable de définir le leadership. Ce n’est qu’après son expérience olympique qu’il a pris conscience du leadership en tant qu’idée.

« Nous n’avions pas de formation en leadership à l’école. On ne parlait jamais de leadership. Toutefois, à présent, je peux le définir : le leadership, c’est, primo, avoir une vision très claire de ce qu’on veut obtenir comme résultat et, secundo, savoir mobiliser d’autres personnes pour nous aider à obtenir ce résultat. »

Adam Kreek souligne que, lors de ses premières expériences sportives, il a davantage appris à suivre qu’à diriger, ce qui est également une compétence précieuse. « Il fallait que je suive mes coéquipiers, le programme de mon entraîneur et les conseils de mes professionnels de la santé, en plus d’écouter ma propre voix intérieure », a-t-il déclaré.

Grâce à l’aviron, Adam Kreek a également appris à exercer l’autoleadership. « Il faut apprendre à se diriger soi-même avant de diriger les autres », explique-t-il.

Comme pour tout leadership, les deux éléments clés sont la vision et l’influence. Les athlètes peuvent-ils créer un objectif de performance (une vision), puis se motiver à faire le travail nécessaire (en exerçant une influence quotidienne sur eux-mêmes)? C’est cela, l’autoleadership.

Un entraîneur ou un parent peut aider l’athlète à devenir un leader en lui posant les bonnes questions : « Que veux-tu accomplir? Quelle est ta vision? Maintenant, que dois-tu faire pour que cela se réalise? Qui vas-tu recruter pour t’aider à y parvenir? »

Une autre leçon importante du sport, c’est le leadership partagé (vidéo en anglais). Adam Kreek compare ce concept à celui d’un groupe de jazz, où tous les musiciens jouent un solo à tour de rôle. « Il doit y avoir énormément de confiance et de compréhension entre les individus pour mettre en œuvre ce type de leadership de groupe, mais lorsque ça fonctionne, l’appartenance à une équipe soudée donne lieu à un sentiment d’euphorie, voire d’illumination. »

L’analogie avec un groupe de jazz illustre bien l’expérience d’Adam Kreek, qui a remporté la médaille d’or olympique au huit masculin en 2008. Au sein de cette équipe performante, il se souvient d’avoir pu compter sur ses coéquipiers pour dissiper ses moments de doute. « Chacun d’entre nous a su à un moment précis de la course que nous allions gagner. » Chaque avironneur est devenu le leader au moment où il s’est senti en pleine poussée de confiance.

Pourquoi le sport?

« Quel est le but du sport? Je pense que tout le monde se pose cette question, n’est-ce pas? s’amuse à dire Adam Kreek. En effet, pourquoi faire tous ces efforts pour aller une demi-seconde plus vite dans une piscine? C’est une quête plutôt ésotérique. »

Adam Kreek a passé beaucoup de temps à réfléchir à cette question, à la fois dans le cadre de son cabinet de coaching et de formation des cadres,  KreekSpeak Business Solutions, et pendant la rédaction de son premier livre, The Responsibility Ethic.

« Le sport, dit-il, aide les jeunes à trouver le chemin de la réussite et de l’épanouissement. Dans l’arène sportive, les jeunes connaissent des hauts et des bas, des défis, des échecs et des victoires. » Sans le sport, ils pourraient ne pas vivre de telles expériences avant la quarantaine ou la cinquantaine, en tant que chefs d’entreprise.

« Imaginez que vous soyez à la tête de 50, 100 ou 1 000 personnes, propose Adam Kreek. Imaginez que c’est la première fois que vous vivez des hauts et des bas, que vous êtes stressé, que vous devez avoir du cran et fournir des efforts extrêmes. Imaginez que c’est la première fois que vous devez formuler une vision et amener d’autres personnes à la réaliser. Le sport crée une arène qui permet de relever ces défis et d’acquérir ces compétences. C’est là que réside sa valeur. »

Pour Adam Kreek, le véritable avantage du sport réside dans les leçons de leadership qu’il enseigne aux jeunes et dans la manière dont ces athlètes peuvent ensuite appliquer ces compétences à leur vie d’adulte en tant qu’enseignants, médecins, pompiers, avocats, charpentiers ou tout autre métier de leur choix.

Trois conseils aux parents de sportifs du médaillé d’or olympique Adam Kreek :

1. Exposez vos enfants au plus grand nombre d’expériences possible. On ne sait jamais ce qui peut développer leurs compétences et susciter leur intérêt.

Enfant, Adam Kreek préférait la musique au sport. La capacité pulmonaire requise pour jouer du tuba et de la trompette l’a aidé lorsqu’il est passé à l’aviron.

Qu’est-ce qui a suscité son intérêt initial pour l’aviron? « J’avais l’habitude de faire des excursions en canot avec mon père. J’aimais vraiment ça. »

Après le secondaire, il a pris une année sabbatique pour travailler sur des plateformes pétrolières. « C’était dur, froid, boueux, humide, et les gars juraient après moi. Rien de très agréable. Ce genre d’expérience vous apprend très vite une chose : la vie est dure. » La ténacité qu’il a acquise sur le marché du travail lui a servi lorsqu’il s’est attelé à la tâche de s’entraîner à plein temps pour devenir un médaillé d’or olympique.

2. Assurez-vous que les objectifs sportifs sont axés sur les besoins des enfants et non sur ceux des parents.

Adam Kreek, qui a maintenant trois enfants, n’intervient pas dans les choix sportifs de ses enfants. Suivant l’exemple de son entraîneur olympique Mike Spracklen, il pose des questions à ses enfants plutôt que de leur imposer sa propre vision du sport. Il cherche à savoir ce que veulent ses enfants et les aide ensuite à tracer leur propre chemin.

Faisant allusion à l’autobiographie sportive d’André Agassi, Open, Kreek souligne les ravages causés par les parents qui poussent trop leurs enfants ou qui vivent leurs propres rêves non réalisés dans la pratique sportive de leurs enfants.

« Nous voulons que le sport soit une force nourricière dans notre société. Nous ne voulons pas que le sport soit une activité qui crée davantage de traumatismes psychologiques. »

3. Apprenez aux enfants à maîtriser leurs nerfs.

Un des aspects du leadership personnel consiste à apprendre à gérer les émotions intenses qui accompagnent la compétition. Adam Kreek se souvient que l’entraîneur Spracklen lui a déjà dit : « Tu sais, Adam, on ne gagne pas une médaille olympique sans être nerveux. » 

Une mère ourse rassemble la force nécessaire pour défendre ses oursons parce qu’elle est nerveuse. Un cerf court assez vite pour échapper à un loup parce qu’il est nerveux. La peur motive. « La peur rend plus fort; lorsque nous les contrôlons, les nerfs nous donnent un pouvoir incroyable. »

Apprendre à maîtriser ses nerfs de manière productive, c’est ce que la pratique sportive apporte en matière d’autoleadership, une leçon qui sera utile au cours de la carrière compétitive des athlètes mais qui les aidera aussi, et c’est ce qui fait toute la différence, tout au long de leur vie d’adulte.


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