« Le sport change la donne » : la joueuse de soccer Karina LeBlanc nous parle d’affirmation de soi

Comment une fille timide et réservée devient-elle une athlète étoile et l’une des voix les plus influentes du sport féminin?

Karina LeBlanc, l’actuelle responsable en chef du soccer féminin à la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF), pétille de confiance, d’énergie et d’enthousiasme. Son soutien passionné à la cause des filles dans le sport inspire le changement partout dans le monde.

Mais elle n’a pas toujours été ainsi. 

Karina LeBlanc

Karina LeBlanc a participé deux fois aux Jeux olympiques. Elle remporte le bronze en 2012, la toute première médaille olympique du Canada au soccer.

« J’étais la fille la plus timide du monde, insiste-t-elle. Personne ne me croit, mais demandez-le à ma mère. C’est vrai. »

Son explication est simple :

« Le sport change la donne. Il a fait de moi qui je suis aujourd’hui. C’est la raison pour laquelle je suis si passionnée par ce que je fais. Dès que j’ai pu prendre confiance en faisant du sport, je me suis mise à répéter sans arrêt que j’irais un jour aux Olympiques. Je n’en démordais pas. Je ne savais pas dans quel sport, juste que je serais une athlète olympique! »

Karina a grandi dans les Caraïbes, où les filles n’avaient accès qu’au ballet et à la natation. Lorsqu’elle déménage au Canada, à l’âge de huit ans, elle adopte d’abord l’athlétisme, puis le basketball.

« J’ai adoré le basketball. À l’époque, la WNBA n’existait même pas. Je disais à tout le monde : un jour, je vais jouer dans la NBA. »

À onze ans, elle suit ses amies au soccer. « Le soccer a changé ma vie. Ce que certaines personnes ne comprennent pas, c’est l’importance du volet social du sport pour les filles; c’est lui qui les amène à essayer et à persévérer. J’ai essayé le soccer uniquement parce que je voulais être avec mes amies. »

Bâtir sa confiance en tissant des liens

Selon Karina, le sport lui a donné un moyen de se rapprocher des autres. Elle se souvient qu’à son arrivée au Canada, elle se sentait différente en raison de son accent. « J’étais aussi la seule enfant noire de mon école. Je n’avais rien en commun avec les autres élèves. »

Faire partie d’une équipe – et partager avec des coéquipières les mêmes objectifs, succès et échecs – lui permet de tisser des liens avec les jeunes de son école.

« Une chose aussi simple qu’un high-five peut changer le monde d’un enfant. Une fois le lien établi, la confiance se développe. »

Grâce à ses succès sportifs, Karina trouve sa voix vers 12 ou 13 ans, l’âge où la majorité des filles abandonnent le sport. « Et je ne pense pas avoir été silencieuse une seule seconde depuis », dit-elle en riant.

Bâtir sa confiance au travers des échecs

À 14 ans, Karina se rend avec ses meilleures amies au camp de sélection de l’équipe de la Colombie-Britannique. Elle se souvient encore du trajet en voiture. Toutes ont fait l’équipe, sauf elle.

Sur le chemin du retour, sa mère la réconforte tandis que son père, furieux, marmonne en conduisant. Lorsqu’elle lui demande pourquoi il ne se sent pas triste pour elle, il lui répond : « Que vas-tu faire maintenant? Vas-tu laisser quelqu’un d’autre décider de ton avenir? »

À partir de ce moment, Karina s’entraîne 15 minutes de plus chaque jour, avant ou après l’entraînement d’équipe.

« Avoir raté la sélection est la meilleure chose qui me soit arrivée, affirme-t-elle. J’ai appris à retrouver ma confiance en travaillant. »

Lors des essais suivants, plutôt que de retourner vers le même entraîneur, Karina tente sa chance avec le groupe d’âge supérieur au sien. Et réussit. En moins d’un an, elle se joint à l’équipe nationale senior, devenant la plus jeune femme membre d’Équipe Canada.

« Mes coéquipières parlaient d’hypothèques, se souvient-elle, alors que je me demandais qui choisir pour m’accompagner au bal. »

Malgré leurs préoccupations différentes, Karina et ses camarades partagent la passion du sport et aiment représenter le Canada. Ce fut pour Karina la première saison d’une carrière de près de 18 ans au sein de l’équipe nationale.

Connaître sa raison d’être

Karina participe à ses premiers Jeux olympiques en 2008. Ses coéquipières et elle se rendent à Beijing avec l’intention de ramener une médaille.

« Et… ça n’a pas été le cas, se souvient-elle. À ces Jeux, je me suis prise en photo avec plein de monde. LeBron James. J’ai dîné avec Serena Williams. Usain Bolt. Kobe Bryant. Tous les grands noms. Je ne sais plus où sont ces photos, mais je peux vous dire avec précision où se trouve ma médaille de 2012. »

Karina sait exactement pourquoi l’expérience de 2012 a été plus fructueuse que celle de 2008. Tout a commencé lorsque John Herdman est devenu l’entraîneur de l’équipe canadienne et a demandé aux joueuses : « Qui êtes-vous et pourquoi êtes-vous ici? »

L’équipe a donc dû trouver sa raison d’être, son pourquoi.

« Notre pourquoi, explique Karina, c’était d’inspirer la prochaine génération. Nous avons créé une culture et un environnement où chacune de nos actions était liée à ce pourquoi. »

Aux Jeux olympiques, l’équipe canadienne perd contre les États-Unis. Le match brise le moral des joueuses, qui ont l’impression d’avoir laissé tomber leur famille et leur pays. C’est alors que l’entraîneur leur présente une vidéo. « C’était un message du premier ministre, il nous disait : Hé, nous avons vu votre match. Nous voulons que vous remportiez le bronze. Nous avons réalisé que les gens nous regardaient. »

La vidéo montrait des bars remplis de partisans. Des filles et des garçons criaient : « Rapportez-nous une médaille! »

Cette vidéo galvanise tellement l’équipe qu’elle bat la France, sans doute la meilleure équipe, et devient la première équipe canadienne a monté sur un podium olympique au soccer.

« Notre motivation est venue de notre pourquoi : c’était le fait de voir ces jeunes femmes nous regarder et nous encourager. Nous avons remporté la médaille pour inspirer la prochaine génération, leur montrer ce que les Canadiennes pouvaient faire. »

Voir, c’est croire

John Herdman convoque Karina après les Jeux de 2012.

Elle s’attend alors à une critique. Elle avait tort. Aujourd’hui, près de dix ans plus tard, les mots de son entraîneur résonnent toujours en elle : « Si tu penses que ta raison d’être, c’est de donner des coups de pied sur un ballon pour le Canada, alors j’ai failli à ma mission. »

« Ça m’a secouée, se rappelle-t-elle. J’ai pensé : de quoi tu parles? Je jouais pour le pays depuis 14 ans à l’époque. J’étais absolument convaincue que c’était ma raison d’être. »

La question de John Herdman lance Karina dans une quête pour trouver sa nouvelle raison d’être.

Ce cheminement la mène finalement à la CONCACAF et à son poste actuel. Elle est reconnaissante envers les dirigeants de l’organisation, qui ont su voir en elle ce qui lui échappait. Ils lui ont donné les moyens de croire à l’impact positif que pouvaient avoir sa voix, son expérience et son leadership dans le soccer féminin.

Grâce à leur conviction et à leurs conseils, Karina travaille maintenant à assurer aux filles d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes un accès au sport qui leur permettra elles aussi de bâtir leur confiance et de s’affirmer.

De quoi ces filles ont-elles surtout besoin? De modèles pour leur montrer ce qui est possible. « Si elles le voient, elles peuvent y croire. »

La CONCACAF favorise l’organisation de matchs significatifs pour les filles et les femmes. L’organisme propose aussi de la formation pour accroître le nombre d’entraîneures et une structure permettant d’organiser plus de matchs de soccer féminin de haut niveau dans des pays où les jeunes filles n’ont jamais l’occasion d’en voir.

Parfois, même les plus petits détails peuvent tout changer. Après l’un des ateliers offerts par la CONCACAF, chaque fille est repartie chez elle avec un ballon. « Dorénavant, elles n’auront plus à se disputer avec leurs frères pour jouer. »

« C’est plus que du sport, souligne Karina. Quand les filles peuvent jouer, quand elles se sentent capables de le faire, qu’elles s’amusent et qu’elles tissent de vrais liens, elles réalisent que leur voix compte. »

« Tout ça grâce à un ballon, ajoute-t-elle en souriant. On ne parle plus seulement de soccer. On parle de progrès social. »

Trois conseils d’une médaillée olympique aux parents de sportifs

1.  Mettez l’accent sur le plaisir, car il permet de créer des souvenirs et des amitiés durables.     

Les enfants font du sport pour être avec leurs amis.

Sans l’intérêt manifesté par les amies de Karina pour le soccer, elle n’aurait peut-être jamais essayé ce sport.

Elle soutient que les filles en particulier – jusqu’à soixante-dix pour cent d֪’entre elles – font du sport simplement pour son volet social, et qu’elles sont trop nombreuses à abandonner le sport organisé à l’adolescence.

En gardant le sport amusant et en mettant l’accent sur sa composante sociale, nous pouvons encourager plus de filles à persévérer dans le sport et ainsi leur fournir un milieu sûr où bâtir leur confiance et trouver un réseau de soutien durant ces années de transition cruciales.

2.  Rappelez aux jeunes les nombreuses habiletés qu’ils acquièrent dans le sport.

John Herdman a changé la vie de Karina en l’aiguillant dans sa seconde carrière. « Les gens qui nous ouvrent des portes parce qu’ils reconnaissent les compétences que nous acquérons en tant qu’athlètes de haut niveau jouent le rôle le plus décisif. » Le sport enseigne le leadership, le travail d’équipe, l’établissement d’objectifs, l’éthique de travail, la discipline, la confiance en soi et la résilience.

Les parents et les entraîneurs peuvent aider leurs jeunes athlètes à prendre conscience de ces forces et à réfléchir à la façon de les mettre en pratique en dehors du sport.

Karina considère John Herdman comme un entraîneur et un leader exceptionnel. Il comprend que la véritable valeur du sport a peu à voir avec les victoires et les défaites. « Quelqu’un lui a déjà demandé : Quel est votre héritage? Sa réponse : Que ces dix-huit femmes continuent de faire des choses incroyables après leur carrière sportive. »

3. Assurez-vous que vos jeunes athlètes se sentent vus et entendus chaque jour, pour les aider à bâtir leur confiance et à s’affirmer.

Karina et son mari ayant tous deux représenté le Canada au soccer, tout le monde s’attend à voir leur fille devenir une joueuse de génie. Mais Karina souhaite simplement la voir faire ce qui la rend heureuse. « Nous avons des ballons partout, dit-elle en souriant, et notre fille adore ça. »

Karina ne tient pas à tout prix à ce que sa fille devienne une étoile du soccer. « Si elle ne veut plus jouer au soccer, ça va. Nous voulons juste qu’elle se sente vue et entendue chaque jour de sa vie. Si le sport l’aide à faire ça, parfait. Si c’est du piano, c’est parfait aussi. Si c’est l’art, c’est encore parfait. »

Karina prétend que l’expérience la plus marquante de sa vie a été d’avoir la liberté et la possibilité de s’affirmer. Elle veut la même chose pour sa fille. « Notre travail consiste à assurer sa sécurité et à lui faire comprendre le potentiel qu’elle porte en elle. »


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