Le nouveau hockey: Plus de joueurs, plus d’habiletés

Comme dans beaucoup de sports au Canada, les programmes d’initiation au hockey ont récemment été revus afin d’améliorer l’expérience des jeunes. L’objectif : transmettre la passion du hockey et favoriser la pratique à long terme du sport en veillant à ce que les plus jeunes s’amusent et développent leurs habiletés.

Les problèmes dans le sport communautaire sont bien connus. Un des principaux est qu’on force les enfants à s’entraîner et à compétitionner comme des adultes dès l’âge de cinq ans.

Résultat : ils perdent le plaisir de jouer, ne développent pas leurs habiletés comme il faut et abandonnent le sport.

Pour s’attaquer à ce problème, Hockey Canada propose des changements novateurs aux calendriers de compétition et aux formats de jeu chez les plus jeunes. Actif pour la vie s’est récemment entretenu avec Corey McNabb, premier responsable du développement des joueurs chez Hockey Canada, pour en savoir plus.

Q : Quels changements s’imposent selon vous dans le hockey jeunesse actuel?

La première chose, si l’on se base sur notre plan de développement à long terme du joueur, c’est de revoir le calendrier saisonnier : le moment de la sélection des joueurs, la façon dont ils sont sélectionnés et ce sur quoi travaillent les entraîneurs en pré-saison, pendant la saison et en préparation des éliminatoires.

Ce qu’on dit, c’est qu’à partir du moment où les équipes sont formées, il faut trois ou quatre semaines d’entraînement pré-saison où l’accent est mis sur le développement des habiletés individuelles. Ensuite, il faut prolonger la saison régulière.

À l’heure actuelle, les entraîneurs ne peuvent pas consacrer suffisamment de temps au développement des habiletés parce qu’ils sont tout de suite plongés dans les matchs de ligue. Et comme ils essaient de se qualifier pour les éliminatoires, ils vont mettre l’accent sur les stratégies collectives plutôt que les habiletés individuelles, au détriment du développement des joueurs.

Dans la structure actuelle, les éliminatoires doivent être commencées pour la mi-février. Si on remonte dans le temps, cela donne environ deux mois pour travailler le développement des habiletés entre novembre et janvier. Il faut qu’on envisage de déplacer certains championnats provinciaux, sur lesquels se basent les ligues pour établir leur calendrier de saison.

Q : En quoi le calendrier des éliminatoires a-t-il une incidence sur le développement des habiletés?

En ce moment, les équipes disputent une ronde après l’autre en séries éliminatoires. Pour avoir le temps de jouer toutes les rondes, il faut que les éliminatoires commencent très tôt dans la saison. Le problème, c’est qu’après chaque ronde, la moitié des équipes sont éliminées.

Rendus à la fin février, la majorité des joueurs ont été éliminés et leur saison de hockey est terminée. Pendant ce temps, l’autre moitié est encore en train de pratiquer, jouer et se développer.

Dans le format actuel, la saison finit trop tôt et ça pousse les jeunes à s’inscrire à la session du printemps. Et quand tu t’inscris en mars pour le printemps, tu t’engages à jouer jusqu’en juin.

On finit par mettre les jeunes sur la glace 11 mois dans l’année. Ils n’ont jamais vraiment de répit de compétition. En même temps, on leur prive d’occasions de pratiquer d’autres sports et de se développer en athlètes complets.

Q : Quels changements apporteriez-vous?

D’abord, on pourrait prolonger la saison régulière jusqu’en mars et commencer les éliminatoires en avril. Si on remonte dans le temps à partir de là, ça donnerait beaucoup de temps aux entraîneurs et aux joueurs de travailler sur le développement des habiletés.

Ensuite, je pense que dans beaucoup de catégories d’âge, on aurait intérêt à passer d’un format éliminatoire à un tournoi à la ronde, où les jeunes sont garantis de jouer au moins quatre matchs de qualité. Dans le format éliminatoire actuel, les équipes jouent un deux-de-trois, donc elles peuvent se retrouver éliminées après deux matchs, dès la mi-février.

Pour les jeunes qui se font éliminer de bonne heure, s’ils sont invités à un camp provincial au printemps, ils sont deux mois sans hockey. Les parents doivent alors débourser plus d’argent pour les mettre dans des programmes printaniers pour qu’ils soient prêts pour le camp provincial. Ce ne sont pas des conditions équitables pour tout le monde.

Q : Quels autres changements recommandez-vous?

La deuxième chose qu’on veut, c’est plus d’accent sur le développement des qualités physiques. Les jeunes vont s’inscrire au hockey, mais il va y avoir plus d’activités hors glace qui visent le développement d’habiletés générales, comme l’agilité, l’équilibre et la coordination. On ne travaillera plus seulement les habiletés spécifiques au hockey.

Et ce qu’on aimerait voir dans la session du printemps, c’est des programmes axés sur le développement individuel des joueurs, qui mettent l’accent sur l’amélioration du coup de patin et des lancers par exemple, au lieu de programmes de compétition.

Q : Comment ces changements seront-ils introduits?

La première chose, c’est l’éducation et la sensibilisation. On peut éduquer les parents et les entraîneurs, mais il faut aussi qu’on éduque les dirigeants des ligues et des associations. On peut leur dire : « Voici notre structure actuelle et voici ce à quoi elle pourrait ressembler. »
On veut qu’il soit clair qu’on n’est pas en train d’enlever des matchs. Ce qu’on veut, c’est faire en sorte qu’ils aient lieu au bon moment.

C’est difficile d’imposer des changements, c’est pourquoi l’éducation est importante. D’autres facteurs doivent aussi être pris en compte, par exemple la disponibilité des patinoires à certains moments de l’année dans différentes régions.

Avec le temps, je pense qu’il sera moins question de mise en place de changement de politiques. Je pense que les gens vont simplement se dire « Tu sais, c’est la bonne chose à faire, et c’est pour ça qu’on va le faire. »

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