Préserver le lien entre coéquipiers pendant la COVID-19

Les centres de conditionnement physique, les piscines, les centres sportifs et même les terrains de jeu ont été fermés pour enrayer la progression de la COVID-19. Les sports d’équipe, les activités de groupe et les séances de jeux entre amis sont également interdits. Partout dans le monde, des familles cherchent donc des manières créatives d’être actifs à la maison.

Pour l’auteure Angie Abdou, nageuse de longue date, la pandémie a forcé ses enfants et elle à prendre une pause de la piscine. Ses séances de natation et ses autres activités habituelles étant annulées, elle a trouvé le temps de redécouvrir des passions, comme la course, et d’affronter ses enfants au basketball, grâce à un panier nouvellement installé chez elle. Même si la natation est actuellement interdite, ses enfants ont gardé le contact avec leurs coéquipiers du club local grâce aux vidéoconférences et à des séances d’entraînement créatives sur la terre ferme.

APLV : Quel âge vos enfants ont-ils? Quels sports d’équipe ou activités de groupe votre famille pratique-t-elle? 

A.A. : Ma fille a 11 ans et mon fils, 13. Cette année, ma fille a fait de la course de ski, en plus de faire partie du club de natation et des guides. Elle jouait aussi au basketball à l’école un matin par semaine. Mon fils avait commencé à se concentrer exclusivement sur la natation, tout en faisant un peu de sport scolaire. En famille, quand nous n’avions pas de compétitions, nous faisions habituellement du ski alpin la fin de semaine.

À propos d’Angie Abdou

Angie Abdou a signé sept livres qui ont connu un succès retentissant. Son premier roman, The Bone Cage, a figuré parmi les finalistes de Canada Reads de CBC, tandis que son dernier ouvrage, des mémoires intitulés Home Ice: Reflections of a Reluctant Hockey Mom, a figuré sur la liste des meilleurs vendeurs au Canada, en plus d’être le livre sur le hockey le plus populaire d’Amazon Canada. Abdou est en outre professeure agrégée de création littéraire à l’Université Athabasca. Sa prochaine œuvre, This One Wild Life, qui raconte l’histoire d’une randonnée avec sa fille, sera publiée au printemps 2021. Vous pouvez la retrouver sur Twitter.

APLV : Leurs coéquipiers, leurs entraîneurs ou leurs directeurs de programme ont-ils pris des dispositions pour socialiser, s’entraîner ensemble ou garder le contact pendant le confinement?

A.A. : Oui, le club de natation a été fantastique. Avec les plus jeunes, une réunion a lieu par Zoom chaque semaine, mais ils ne font pas d’entraînement. La réunion reste légère. Elle mise sur la conversation et sur les jeux. Il y a aussi des concours, par exemple des jeux-questionnaires sur les entraîneurs. Ces réunions hebdomadaires aident à préserver le lien entre les coéquipiers et les entraîneurs, si bien que quand ils pourront retourner à la piscine, ils auront hâte de revoir tout le monde.

J’aime que les entraîneurs soient conscients de l’importance de la relation entre les athlètes et qu’ils se fassent une priorité de la préserver. L’entraîneur-chef envoie aussi deux entraînements hors piscine par semaine, chacun comportant un défi de cinq minutes. Les athlètes peuvent gagner des prix en envoyant leurs résultats au défi, ce qui les motive.

Les enfants plus âgés se réunissent sur Zoom plus souvent : ils font trois entraînements hors piscine par semaine (une heure chacun), en plus de deux réunions plus légères, comme celles des plus jeunes, pour bavarder. Les entraînements hors piscine sont bénéfiques pour mon fils. Il est plus motivé à faire des efforts si un entraîneur lui donne des directives et si ses amis lui tiennent compagnie que si son père ou moi le talonnons pour qu’il reste actif. Et puisque ces séances le motivent à rester en forme, quand nous lui demandons s’il veut sortir courir ou faire un circuit au gym, il est plus susceptible d’accepter.

En tant que parent qui valorise la vie active, je suis reconnaissante à ces entraîneurs de trouver des moyens de poursuivre les activités du club. J’ai aussi remarqué que communiquer régulièrement avec leurs amis, même si ce n’est que virtuellement, améliorait considérablement l’humeur de mes enfants.

APLV : Comment un nageur s’entraîne-t-il hors piscine?

A.A. : Ça, c’est drôle! Ma mère était perplexe quand je lui ai dit : « Ollie est en haut, il fait son entraînement de natation. » Mais c’est une bonne question. Il utilise une application nommée (version anglaise) Train Heroic et fait des exercices comme des « burpees », des sauts groupés, des planches, des levées de genoux et des sauts avec écart.

APLV : En raison de la COVID-19 et des exigences de distanciation physique, les routines quotidiennes et hebdomadaires ont considérablement changé. Comment votre famille réussit-elle à rester active à la maison? 

A.A. : Mon mari et moi sommes de ceux qui doivent faire de l’exercice pour garder le moral, alors dès le début de la pandémie, nous avons pris des dispositions pour rester actifs.

Mon mari a aménagé un circuit d’entraînement dans notre garage. C’est très facile à faire. Il y a sept exercices : la corde à sauter, des flexions des jambes, des montées sur une glacière, dribler un ballon de basketball en faisant un parcours à obstacles, la planche et des (affreuses) tractions à la barre. Nous utilisons une application Tabata gratuite et calculons une minute par exercice. En faisant le circuit trois fois, on arrive à un peu plus de vingt minutes, ce qui est amplement suffisant pour que tous nos muscles en souffrent le lendemain. En raison de l’horaire chargé des enfants, nous ne nous étions jamais exercés ainsi tous ensemble. C’est étonnamment amusant.

Autre changement qu’ont entraîné les mesures de distanciation : l’achat d’un panier de basketball pour l’entrée. J’y avais résisté jusque là, car je suis près de mes sous et que notre ville compte plusieurs terrains. Si n’étions pas prêts à marcher cinq minutes pour s’y rendre, c’est que nous ne voulions pas vraiment jouer. Or, nous sommes pris à la maison, car tous les espaces publics sont fermés. Les économies que nous avons réalisées en n’allant pas aux compétitions de natation et d’autres sports ont justifié l’acquisition du panier.

Et j’adore ça! Nous jouons au basketball presque tous les jours, que ce soit du un contre un, du deux contre deux ou simplement s’exercer à faire des paniers. Ce sont toutes d’excellentes activités qui, contrairement au circuit d’exercices, semblent moins axées sur l’effort pur. Le panier nous procure beaucoup de plaisir et nous incite à lâcher nos appareils et à bouger.

APLV : Vous êtes-vous mis à d’autres activités ou avez-vous renoué avec certains sports que vous aviez délaissés pour vous consacrer à la natation compétitive?  

A.A. : Je fais du jogging avec mes enfants. Nous courons là où il n’y a personne, mais si jamais nous croisons quelqu’un, nous gardons nos distances. Je pratiquais régulièrement cette activité depuis longtemps, mais je m’en suis un peu éloignée à l’automne dernier, alors que je suis replongée dans le monde de la natation compétitive. Après cette longue pause, j’augmente très graduellement la distance et l’intensité de mes courses, sinon mes vieux os ne me le pardonneraient pas. Cela dit, j’adore faire des activités extérieures. Rien de mieux que la course en sentier pour passer une heure ou deux en forêt. En raison de leur horaire, les enfants n’étaient jamais venus courir avec moi. J’aime beaucoup les conversations que nous avons pendant que nous courons.

S’il y a d’autres vagues de COVID-19 et que nous devons retourner en confinement, je serai heureuse de leur avoir transmis la passion de la course. À l’heure où il faut éviter les foules et les endroits publics, c’est le sport idéal. S’immerger dans un tel mouvement continu est aussi parfait pour atténuer le stress. Mes enfants semblent plus heureux et en santé après leur jogging.


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APLV : En profitez-vous pour peaufiner des habiletés propres à votre sport principal? 

A.A. : Mon fils a un petit problème de flexibilité des épaules qui nuit à sa technique de nage, alors je lui rappelle de faire régulièrement ses étirements afin qu’il soit fin prêt quand viendra le temps de retourner dans la piscine. Je dis parfois aussi aux enfants que la course et les circuits d’entraînement amélioreront leur forme physique, ce qui les aidera pour leurs compétitions. J’essaie toutefois de combattre ma tendance à insister sur le fait que ces exercices ont un objectif compétitif. Ces types de commentaires, axés sur l’avenir et l’entraînement complémentaire, ne les motivent pas autant que je le croyais. Et en ces temps si incertains, ils risquent de mettre en lumière ce que nous avons perdu.

Ils pourraient inciter les enfants à me demander quand nous retournerons à la piscine ou à quel moment reprendra la compétition. La vérité, c’est que personne ne le sait. J’ai donc cessé de mentionner que ces exercices feront d’eux être de meilleurs nageurs. On fait de l’exercice parce que ça fait du bien, physiquement et mentalement.

En plus, c’est agréable! Ces moments d’activité sont devenus le haut fait de nos journées. Bien sûr, ils ont toujours une optique d’entraînement complémentaire : le maintien de la forme physique, de la force, de la flexibilité, de la santé cardiovasculaire et de l’endurance aidera les enfants dans leur pratique des sports après la pandémie. Mais nous n’abordons pratiquement plus nos activités sous cet angle.


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APLV : Le fait d’avoir dû briser votre routine a-t-il eu des répercussions positives pour vous? 

A.A. : Oh, absolument. Il y a évidemment le plaisir d’être actifs en famille, mais d’autres changements, plus subtils, m’ont surprise.

D’abord, les enfants dorment plus. Avant, ils devaient se lever très tôt pour se rendre au club de natation, à l’entraînement de basketball ou à la station de ski. Maintenant, nous n’avons plus à les réveiller et je crois qu’enfin, ils ont tout le sommeil dont ils ont besoin. Ils grandissent littéralement sous mes yeux, et sans l’irritabilité et l’épuisement que j’associe généralement à cette croissance.

Ils mangent aussi très bien. Nous avons établi un horaire pour la préparation de repas. Ils cuisinent quelques fois par semaine, ce qui est pour eux une première. Ils doivent songer à la nutrition et faire des choix santé.

Nous avons profité du ralentissement pour atteindre un équilibre entre bien manger, bien dormir et bien bouger. Je ne sais pas si nous pourrons maintenir cet équilibre à la reprise des activités normales, mais j’ai bien hâte d’essayer.


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APLV : Avez-vous des conseils pour les familles qui s’ennuient des sports d’équipe? 

A.A. : N’oubliez pas que l’annulation des sports d’équipe n’est que temporaire. Les athlètes sont habitués à surmonter l’adversité. Servez-vous de cette force. Restez actifs. Restez en contact avec vos coéquipiers. Entraînez-vous avec eux sur Zoom, même s’il ne s’agit que d’une simple séance d’étirements. Si vous courez ou effectuez un circuit chacun de votre côté, faites-en une compétition en comparant vos temps ou vos répétitions. Créez un défi hebdomadaire. Le fait de vous mesurer aux autres vous rappellera que vous faites toujours partie du groupe et vous traversez cette épreuve avec vos coéquipiers.

Ici, nos parties de basketball opposant les garçons et les filles nous aident à pallier cette absence de sports d’équipe jusqu’à ce que les enfants puissent retourner à la piscine avec leurs pairs. Je leur demande parfois : « Et si vous canalisiez toute cette énergie pour l’appliquer à l’école à la maison? » Ils me répondent en roulant les yeux.

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