Les terrains de jeu ont contribué au développement de mon fils ayant des besoins particuliers

Mon plus jeune fils, Cam, nous réserve toujours des surprises.

Il nous a prouvé très tôt son sens du spectacle en faisant son entrée dans le monde plus de 12 semaines avant terme. Étant donné les problèmes médicaux qui ont suivi (affaissement des poumons, maladie pulmonaire chronique, infections, virus, troubles cardiaques et problèmes gastro-intestinaux et d’alimentation de longue durée), son séjour à l’unité néonatale de soins intensifs s’est révélé pour le moins… mouvementé. Après une longue et éprouvante période de 165 jours, nous avons enfin pu le ramener chez nous.

Ces six mois passés assise dans une chaise d’hôpital ont aussi eu des conséquences physiques et mentales pour moi. Nous avons vécu à l’Hôpital de Montréal pour enfants l’expérience la plus longue et bouleversante de notre vie, mais elle a quand même donné lieu à d’intéressants changements positifs.

Notre famille aimait les sports et les activités de plein air. Avec notre fils aîné, qui avait quatre ans à la naissance de son frère, nous faisions du vélo, de la randonnée et du camping, et nous tentions de montrer l’exemple en étant des parents actifs. Mais après un long séjour à l’hôpital, puis l’arrivée d’un bébé à la santé fragile à la maison, notre vie et notre mode de vie ont changé du tout au tout.


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Je savais que réintégrer l’activité physique à notre quotidien serait salutaire pour ma santé mentale, et qu’aider Cam à rattraper son retard sévère de développement moteur favoriserait sa littératie physique, ce qui améliorerait tous les aspects de sa vie.

Suivant les conseils des physiothérapeutes et des ergothérapeutes, nous nous sommes donc mis à fréquenter les parcs du quartier, où les diverses installations l’aideraient à acquérir graduellement une base solide en matière d’habiletés motrices dans un environnement amusant et rassurant.

Quand il avait 11 mois, l’un des plus grands défis de Cam était d’apprendre à se tenir assis. Nous l’asseyions donc dans les balançoires pour bébé au parc, soutenu par des couvertures, pour l’aider à renforcer ses muscles faibles. En plus, le mouvement de va-et-vient sollicitait et développait son système vestibulaire (équilibre) et améliorait sa proprioception (coordination des mouvements et conscience du corps).

En raison de l’immaturité de leur système sensoriel, les bébés prématurés sont facilement surstimulés. Leur tonus musculaire est souvent faible, surtout au niveau du tronc. En outre, leurs muscles sont généralement très tendus. Nos premières visites au parc ont donc été courtes. Nous étions attentifs aux signaux que nous envoyait Cam, et nous mettions l’accent sur le jeu plutôt que sur l’exercice.


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Après qu’il eut enfin réussi à rester assis, il a dû apprendre à ramper, puis à marcher et à se tenir en équilibre. Il a d’abord suivi des marques sur le sol, puis, tandis que nous lui tenions la main, il marchait sur de courts billots, de petites bordures, les bandes délimitant le terrain de jeu et des bancs de parc. Ces exercices l’ont aidé à développer son équilibre dynamique, et lui ont donné la confiance nécessaire pour tenter des mouvements plus audacieux par lui-même. Sa grande victoire : sauter par lui-même. Et quel saut!

Sauter par-dessus les différents obstacles est devenu son jeu préféré, et j’étais ravie de le voir gagner en confiance à chaque atterrissage. Il répétait les mouvements, apportant des changements subtils à son équilibre, toujours motivé par le plaisir de jouer dehors et par son désir de faire « comme les grands ».

Apprendre à marcher, à courir et à sauter lui a ouvert les portes d’un monde nouveau, où il pouvait pourchasser son grand frère et se déplacer par lui-même – un grand moment pour Cam (et pour moi).

Une fois qu’il eut développé la coordination de ses jambes, nous nous sommes mis à jouer à Suivez le chef de file dans des tunnels pour ramper, sur des ponts et sur des glissades, tout en changeant de direction et en variant la vitesse. « À la lumière rouge, on arrête. Quand c’est vert, on AVANCE! »

Comme il prenait son grand frère comme modèle, Cam testait constamment ses limites et tentait, avec une persévérance infatigable, de passer au prochain niveau de son développement. En dévalant des collines avec son frère (alors que les fous rires et les cris fusaient), il a amélioré sa conscience du corps et son équilibre, et en grimpant toujours plus haut, il a renforcé les muscles du haut de son corps et gagné en confiance.

À quatre ans, Cam avait suffisamment développé sa motricité globale et fine pour s’attaquer à des jeux plus complexes, qui sollicitaient sa coordination et son équilibre. À cinq ans, il était résolu à conquérir la cage à singes.

Avec précaution au début, il se balançait sur une barre, ramenait ses genoux vers sa poitrine et retournait à la plateforme. Maintenant qu’il a six ans, il peut coordonner les muscles de ses jambes, de ses bras et de son torse pour traverser joyeusement (et triomphalement!) la cage à singes.

En réalisant de petits progrès grâce au jeu – tout en renforçant les muscles de son tronc et en améliorant son équilibre, sa souplesse et sa coordination – Cam a maintenant rattrapé les enfants de son âge et comblé son retard en matière de développement physique.

En plus, tout ce temps passé au terrain de jeu a permis à Cam d’apprendre l’empathie, en jouant et en côtoyant des enfants ayant différentes capacités. Au parc, il a appris à partager, à communiquer avec les autres et à attendre son tour.

Même s’il a encore certains troubles de santé en raison de sa prématurité extrême, Cam peut pratiquer pleinement les sports qu’il aime, comme le soccer et le patinage. J’attribue cette réussite à toutes les années que nous avons consacrées au jeu libre non structuré, en grimpant des arbres, en escaladant des structures en corde et en sautant depuis des murets.

Développement de la littératie physique au terrain de jeu

  • Sauter contribue à développer l’équilibre dynamique, la coordination et le rythme.
  • Tourner sur soi, faire des pirouettes et dévaler une colline stimulent les systèmes vestibulaire, proprioceptif et visuel, tout en sollicitant la motricité globale.
  • Grimper renforce les muscles du haut du corps, du bras et de la main, et lever les bras améliore la circulation sanguine et la souplesse.
  • Glisser développe le système vestibulaire et l’équilibre, et remonter en haut de la glissade renforce la coordination et les muscles des bras et des jambes.

Photos : Christine Latreille

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