Two young girls garden outside at a childcare centre.

Comment intégrer une optique autochtone dans l’éducation de la petite enfance

Quand la chercheuse Monica McGlynn-Stewart a étudié l’utilisation des iPad par les enfants de maternelle(disponible en anglais seulement) à la fin des années 2010, elle a remarqué qu’ils aimaient beaucoup emmener ces appareils dehors, prendre des photos de la nature et s’enregistrer en train de chanter à la belle étoile ou de raconter des histoires aux insectes. Cela l’a amenée à réfléchir à la manière dont elle pourrait étudier les enfants et la nature. 

Professeure en éducation de la petite enfance au George Brown College, Monica McGlynn-Stewart était également au courant des appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, dont plusieurs concernent l’éducation des enfants. Elle s’est entretenue avec deux collègues, Bob Whiteduck Crawford, de la nation algonquine, et Lori Budge, membre de la Première Nation non cédée de Wikwemikong, et a eu une idée : étudier comment les éducateurs comprennent et intègrent les perspectives autochtones (anglais) dans l’éducation de la petite enfance.

McGlynn-Stewart a consacré quatre ans à ce projet de recherche, qui a impliqué dix garderies de Toronto, situées sur le territoire traditionnel des Mississaugas de Crédit, des Anishnabeg, des Chippewa, des Haudenosaunee et des Wendat. Les 20 éducateurs participants ont reçu des informations sur l’apprentissage axé sur le territoire et les perspectives autochtones distinctes à travers un bulletin d’information, des ateliers et des ressources, et ils ont été interrogés tout au long de l’étude sur leur compréhension du sujet et sur la manière dont ils le mettaient en œuvre dans leurs centres.

Mme Budge était la conseillère du projet, tandis que plusieurs intervenants des ateliers ont partagé des enseignements provenant de différentes Premières Nations, notamment le Dr Hopi Martin (enseignements ojibwés), Carolyn Crawley (enseignements mi’kmaq) et Natasha Bascevan (enseignements anishinaabe et métis). 

Mme McGlynn-Stewart et son équipe ont résumé leurs conclusions : 

  • Les enfants se sont montrés plus curieux et plus impliqués envers la nature
  • Les enfants ont joué un rôle plus actif dans la prise en charge des plantes et des animaux de l’aire de jeux
  • Les enfants étaient plus calmes et plus coopératifs
  • La vision qu’avaient les éducateurs de la nature a évolué : ils ne se sont plus contentés de réfléchir à ses bienfaits pour les enfants, mais ont commencé à prendre en compte le bien-être et l’interdépendance de l’ensemble de l’écosystème
  • Les éducateurs ont développé un sentiment plus profond de connexion avec la nature

« Les résultats de cette étude suggèrent que le développement et la promotion de relations réciproques fondées sur la gratitude, le respect et l’attention envers la Terre ont contribué à améliorer le bien-être global tant des enfants que des éducateurs et éducatrices. »

-Monica McGlynn-Stewart, Nicola Maguire, Lori Budge, Ana-Luisa Sales et Elise Patterson 

Qu’est-ce que l’apprentissage ancré dans le territoire, exactement? 

L’apprentissage ancré dans le territoire est un type d’éducation qui reconnaît la relation entre les peuples autochtones et la terre, et qui s’appuie sur les savoirs et la pédagogie autochtones. McGlynn-Stewart cite l’expression « voir à deux yeux », que l’aîné mi’kmaq Albert Marshall définit comme le fait d’apprendre à voir d’un œil avec les modes de connaissance autochtones et de l’autre œil avec les modes de connaissance occidentaux. L’essentiel est d’utiliser les deux yeux ensemble.

Selon Mitchell Huguenin, spécialiste des pédagogies autochtones à l’Université Trent, les pédagogies autochtones en éducation comprennent :  

  • Le développement du participant en tant que personne dans son ensemble 
  • L’apprentissage par l’expérience 
  • L’apprentissage à travers le territoire 
  • Reconnaître le rôle important que jouent les aînés et les peuples traditionnels dans la transmission du savoir.

Pour en savoir plus sur les pédagogies autochtones, cliquez ici

A young play crouches outside at a childcare centre and feels bark on a log.

La différence entre les philosophies occidentales et autochtones 

Pendant des années, McGlynn-Stewart a enseigné une approche occidentale : le monde est une pyramide, avec les humains au sommet, suivis des mammifères, des oiseaux, des insectes et des plantes. Les humains sont supérieurs grâce à leur intelligence, et le reste de la création n’est qu’une ressource, destinée à notre profit. 

Mais, comme elle l’a appris au cours de cette étude, la perspective autochtone s’apparente davantage à un cercle, les humains n’étant qu’une partie d’un réseau interconnecté. « Loin d’être les plus méritants, les humains sont les plus dépendants », dit-elle. « Les arbres n’ont pas besoin de nous. La pluie n’a pas besoin de nous. C’est nous qui avons besoin de tout cela. » C’est pourquoi nous devrions cultiver la gratitude plutôt que de nous sentir supérieurs.

Comment intégrer les perspectives autochtones au sein de votre établissement

Tout d’abord, il faut comprendre que, même si les perspectives autochtones présentent des points communs, tels que la réciprocité, la gratitude envers la nature et la reconnaissance de notre interdépendance avec le monde naturel, les peuples autochtones représentent une grande diversité de communautés, de nations, de langues et de cultures. Commencez par déterminer sur quel territoire traditionnel vous vivez à l’aide de cet outil

Voici quelques moyens simples pour commencer à intégrer ces perspectives :

  • Encouragez les enfants à dire bonjour et merci aux arbres, aux insectes, au vent et au soleil. Au lieu de montrer votre déception quand il pleut, par exemple, vous et les enfants pouvez dire : « Merci à la pluie d’arroser les plantes. Merci de créer des flaques d’eau pour qu’on puisse jouer dedans. »
  • Encouragez les enfants à réfléchir aux bienfaits que les arbres et les autres plantes apportent au monde (par exemple : de l’ombre, des abris pour les écureuils et les oiseaux, de la nourriture pour les animaux).
  • Demandez aux enfants comment on peut remercier la nature. Ils pourraient suggérer d’arroser les plantes ou les arbres, de ne pas laisser de déchets par terre et de prendre soin des plantes.
  • Encouragez les enfants à utiliser tous leurs sens lorsqu’ils jouent. Vous pouvez les inciter en leur demandant : « Que voyez-vous? » Quelles odeurs sentez-vous? Qu’entendez-vous?  
  • Observez les oiseaux autour de votre centre. Les enfants savent-ils de quelle espèce il s’agit? Vous pouvez discuter des bienfaits que les oiseaux nous apportent et de la manière dont nous pouvons leur témoigner notre gratitude.
  • Si les enfants jouent avec de l’eau, profitez-en pour leur expliquer à quel point l’eau est vitale pour tous les êtres vivants. 
  • Le jardinage est un excellent moyen d’aider les enfants à comprendre leur lien avec la terre.

Autres méthodes : 

  • Lire des livres pour enfants écrits par des auteurs autochtones. Voici quelques suggestions
  • Établir des liens avec des aînés, des gardiens du savoir ou des éducateurs autochtones de votre région. (Vous trouverez ici quelques conseils pour le faire de manière appropriée.)

Comment éviter l’appropriation culturelle

Au début de l’étude, certains enseignants hésitaient à aborder les perspectives autochtones, soit parce qu’ils ne les connaissaient pas bien, soit parce qu’ils craignaient de les présenter de manière erronée. Budge a élaboré ce guide (en anglais) afin d’aider les enseignants non autochtones. Voici des infos en francais.ied about teaching them incorrectly. Budge created this guide to help instruct non-Indigenous educators.

A toddler wearing a toque, rain jacket, and rubber boots splashes through a puddle.

À quoi ressemble concrètement l’enseignement des perspectives autochtones? 

  • Dans le groupe d’étude, dans un centre situé dans un immeuble de grande hauteur, les enfants couraient vers la fenêtre le matin pour saluer un arbre de la cour de récréation en bas. Ils observaient quels oiseaux se posaient sur l’arbre et veillaient à ce qu’il soit suffisamment arrosé.
  • Un mélange de temps structuré et non structuré. Certains centres ont mis en place une « journée de jeux dans la nature », au cours de laquelle les éducateurs ne sortaient pas de jouets et encourageaient les enfants à interagir avec le monde naturel de manière intentionnelle. C’est une question d’équilibre : il n’y a rien de mal à proposer également des jeux plus structurés, comme un « temps dédié à la motricité globale », où l’accent est mis sur le développement des capacités motrices globales des enfants.

Ressources (disponibles seulement en anglais)

Aujourd’hui à la retraite de George Brown, Mme McGlynn-Stewart travaille comme consultante et animatrice d’ateliers en Ontario, où elle aide les éducateurs de la petite enfance à intégrer les perspectives autochtones dans leur pratique. Vous trouverez ses coordonnées ici.

Son principal conseil aux éducateurs est le suivant : « Commencez modestement et allez-y doucement. Ce que nos éducateurs ont trouvé très utile, c’est de s’appuyer sur les livres d’images, car ils sont écrits par des auteurs autochtones, et d’observer attentivement comment les enfants interagissent avec le monde naturel. Commencez par « bonjour » et « merci ». ging with the natural world. Start with ‘hello’ and ‘thank you.’” 


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