Défendons notre droit de jouer

Quand mes trois enfants étaient petits, nous habitions près d’un parc urbain qui accueillait un terrain de jeu, un terrain de soccer, un terrain de baseball, un panier de basketball et un terrain de hockey de rue. Nous y avons joué presque chaque jour pendant dix ans. J’organisais des matchs de basketball impromptus à trois contre trois sur un demi-terrain, des matchs de soccer sur un terrain réduit, et des matchs de baseball amical avec des enfants et des adultes de tous les âges.

Et quand je n’étais pas au parc avec mes enfants, je pratiquais le soccer en formule libre dans les parcs et les cours d’école des environs. Ces matchs réunissaient des personnes de presque tous les pays, toutes les cultures et tous les groupes linguistiques de la planète. Selon la journée, les joueurs avaient entre 15 et 75 ans, et parlaient jusqu’à dix langues différentes.


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Ces expériences sportives fortuites ont eu une importance pour moi, mes enfants et bien d’autres personnes. Grâce à elles, mes enfants ont noué des amitiés durables et ont appris à aimer l’activité physique. Plusieurs enfants du quartier ont pu fuir une situation familiale néfaste pour trouver un sentiment d’appartenance. Bien des nouveaux arrivants ont fait de nouvelles connaissances, ce qui les a aidés à trouver un emploi. Des étudiants internationaux se sont constitué un réseau de soutien. J’ai fondé une entreprise avec un ami après son retour en Chine.

Dans le contexte décontracté du sport informel communautaire, on peut vivre toutes sortes d’expériences remarquables. Pourtant, le sport et les activités libres sont menacés dans bien des villes.

Un article publié en 2018 (version anglaise) présente le travail de chercheurs universitaires australiens qui ont étudié la façon dont les expériences sportives informelles, comme le basketball de rue et le soccer dans les parcs, donnaient vie aux espaces publics à Sydney, à Singapour et à Londres. Selon eux, ces expériences renforcent la cohésion sociale et le sentiment d’appartenance chez un vaste éventail de gens, surtout les personnes défavorisées et les nouveaux arrivants.

Malheureusement, à mesure de la croissance des centres urbains, la compétition pour les espaces publics augmente. Dans certains cas, les municipalités et les commissions scolaires se sont mises à exiger des frais et un permis pour leur utilisation, et dans d’autres, les promoteurs immobiliers s’en sont emparés pour construire d’autres centres d’achats, maisons de ville et condos.

L’utilisation de ces espaces est aussi parfois restreinte en raison d’une ordonnance de la ville ou de plaintes de résidents. Par exemple, à Toronto, les employés des parcs retirent en soirée les paniers de basketball des terrains communautaires à la suite de plaintes pour nuisance sonore.


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Une situation similaire a eu lieu à Mississauga en juillet. Un père de famille a été sommé par des agents municipaux de retirer son panier de basketball portable placé au bord d’une rue résidentielle en raison d’une plainte du voisinage.

À une époque où nous voulons inciter les adultes et les enfants à être actifs, ne serait-il pas plus logique de leur donner un endroit où bouger et des occasions de jeu libre, plutôt que de leur mettre des bâtons dans les roues?

Ces occasions sont plus que jamais bienvenues : on fait depuis récemment état de la hausse du coût du sport organisé et de la baisse proportionnelle de la participation des enfants.

Nous avons intérêt à maintenir l’accès gratuit aux espaces publics pour favoriser le jeu et l’activité libres. Nous avons aussi intérêt à ce que ces espaces ne disparaissent pas complètement. Préservons notre droit de jouer : défendons haut et fort nos espaces publics.

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