A soccer coach high-fives the children on his team.

Les effets de l’intimidation dans le sport sur le cerveau de votre enfant

Un mythe omniprésent dans le sport est que si nous donnons la priorité à la sécurité psychologique des athlètes, nous limitons leurs performances en compétition. Autrement dit, si nous nous préoccupons de la sécurité socio-émotionnelle des athlètes, ils ont moins de chances de gagner. Sous ce mythe se cache une croyance plus profondément ancrée, que nous n’aimons pas admettre, mais à laquelle certains continuent d’adhérer : le harcèlement et les abus sont un mal nécessaire à l’accomplissement de grandes choses(ressource en anglais). 

Certains d’entre vous ne sont peut-être pas d’accord avec cet entraîneur (vidéo en anglais) qui a été montré dans la presse pour avoir commis des abus, mais d’autres pensent peut-être que son comportement agressif et humiliant permettra à ce jeune athlète de donner le meilleur de lui-même. C’est un mythe.

Les sciences du cerveau liées à l’intimidation : Le cerveau peut-il subir des dommages physiques?

La meilleure façon de démystifier un mythe est de s’appuyer sur la science, dans ce cas précis, la science du cerveau. Si les athlètes ont peur de se faire crier dessus, réprimander, rabaisser, ne pas être écoutés, ignorés, privés de commentaires, culpabilisés, humiliés et menacés—c’est-à-dire l’intimidation normalisée dans notre société—alors leur cerveau se concentre sur le danger. Et c’est mauvais pour les jeunes athlètes car, tout comme un coup blesse le corps, ce genre d’abus blesse le cerveau.

À l’intérieur de la tête d’un athlète anxieux, on peut constater que son cerveau en développement subit des dommages physiques. Il faut noter qu’aucun des comportements décrits ci-dessus est lié au contact physique, mais cela ne veut pas dire que le cerveau ne subit pas de dommages physiques. Les cicatrices neurologiques des comportements décrits peuvent endommager physiquement le cerveau et sont visibles sur les scanners cérébraux.

A coach lectures his players during a team huddle.

Trois types de traumatismes cérébraux liés aux harcèlements et aux abus

Il est impossible de voir à l’œil nu comment les harcèlements et les abus peuvent provoquer des changements dans le cerveau. Mais il existe aujourd’hui des technologies non invasives (EEG, IRM, IRMf, etc.) qui rendent visibles les effets négatifs du harcèlement. La technologie permet de voir que certaines de nos croyances, qui ont atteint un statut de mythe bien ancré—par exemple, les athlètes qui veulent réussir devraient être capables de subir des insultes homophobes—, doivent être remplacées par ce que la science nous dit. 

Mon fils et ses coéquipiers ont été traités d’un large éventail d’insultes homophobes au cours de leurs activités sportives de jeunesse, ce qui a été normalisé par les administrateurs scolaires et le commissaire à la réglementation des enseignants en Colombie-Britannique. Ces insultes ont été normalisées parce qu’elles étaient prononcées lors des entraînements de basket-ball. Le commissaire a jugé que les athlètes étaient « trop sensibles ». 

Que se passe-t-il dans le cerveau lorsque des athlètes sont humiliés?

1. Un centre hyperactif de la peur

L’un des changements que l’on peut remarquer est l’hypertrophie de l’amygdale (en anglais). L’amygdale est la zone centrale de la peur dans le cerveau et elle est essentielle à la survie. C’est une région du cerveau qui détecte les dangers physiques tels qu’un coup de poing, un incendie ou une voiture qui roule à vive allure. La détection de ces menaces incite le cerveau et le corps à fuir, à se retirer ou à se mettre à l’écart.

Le problème, c’est que le cerveau est tout aussi terrifié à l’idée d’être attaqué verbalement ou ignoré, parce qu’il est câblé pour la sécurité que procurent les liens et la communauté. L’amygdale traite chaque abus comme un danger vital. Elle plonge l’athlète dans un état d’alerte permanent, qui peut se transformer en hyper-vigilance.

La recherche intensive d’une menace ou l’anticipation d’un mal est corrélée à une mauvaise santé, à une baisse d’énergie et à l’anxiété. Supposons, par exemple, que l’entraîneur de la vidéo ci-dessus ou les entraîneurs de mon fils réprimandent et dégradent constamment leurs athlètes. Ce comportement incite le cerveau à s’adapter en scannant l’environnement à la recherche d’abus. Lorsque cela se produit, les athlètes disposent de moins de ressources mentales pour la mémoire de travail, la vitesse de traitement, la concentration, la vision périphérique et la navigation – toutes les compétences cérébrales essentielles à une performance sportive optimale. Le stress subi par le cerveau des athlètes peut également nuire gravement à leur cœur (en anglais).

PET/CT scans show activity in the brain's fear centre
Division de cardiologie, Massachusetts General Hospital

2. Le cerveau qui « tourne au ralenti »

Un autre changement que l’on détecte chez une personne qui subit de l’intimidation (en anglais) est une diminution de l’isolation qui aide le cerveau à communiquer efficacement. La recherche montre que cette isolation, la myéline, peut être réduite dans des zones clés du cerveau. Par exemple, les athlètes victimes d’intimidation peuvent présenter ce que l’on appelle un « corps calleux démyélinisé ». Le corps calleux est un épais faisceau de fibres qui relie les hémisphères gauche et droit du cerveau. 

Pour performer à leur meilleur, les athlètes ont besoin que les deux côtés de leur cerveau communiquent aussi rapidement que possible. C’est ce que permet la myéline en temps normal. Mais lorsque cette dernière est érodée, la communication est beaucoup moins efficace et rapide. L’athlète se retrouve alors avec une capacité réduite à traiter les signaux de son environnement, ce qui peut conduire à ce que les journalistes sportifs appellent des « erreurs mentales ». Une passe manquée, un jeu raté ou une blessure… tout cela parce que le cerveau est forcé d’opérer dans un environnement de peur, d’humiliation et de favoritisme, qui sont les caractéristiques d’une culture d’intimidation. Les athlètes se concentrent sur le fait de ne pas faire d’erreur plutôt que d’être dans l’instant présent.

3. Coincé en mode « lutte ou de fuite »

Les athlètes victimes de brimade réagissent au stress de l’une de quatre façons : lutte, fuite, gel ou servilité. Les abus psychologiques et brimades à répétition peuvent même avoir des conséquences sur la façon dont elles et ils vivent le sport, le plaisir et la joie étant remplacés par la peur et l’anxiété.

L’hippocampe, qui est une région du cerveau impliquée dans l’apprentissage, la mémoire et l’association des souvenirs à des émotions, peut aussi être affecté (anglais) et enregistrer des expériences sportives comme étant traumatisantes. L’athlète peut devenir agressive ou commencer à intimider les autres (lutte). Il peut décider d’abandonner, de manquer les entraînements, d’éviter les matchs (fuite). Elle peut devenir silencieuse et se replier sur elle-même (gel). Il peut s’identifier à l’agresseur et le joindre dans son comportement (servilité).

Infographic showing an explanation of the four Fs: fight, flight, freeze, fawn.

Quelle que soit la manière dont le système nerveux sympathique du cerveau réagit au stress causé par les brimades, de l’adrénaline et du cortisol sont tout de même libérés de manière répétée lorsque le cerveau et le corps se préparent à survivre à l’assaut. Et lorsqu’il est libéré trop fréquemment, le cortisol peut devenir corrosif pour l’hippocampe. Il ratatine cette région du cerveau, ce qui nuit aux performances sportives, aux études et à la santé mentale en général. Le cortisol peut également endommager les vaisseaux sanguins, ce qui expose l’athlète à des problèmes de santé à long terme. 

En bref, les abus psychologiques et les brimades, en particulier de la part d’adultes en position de pouvoir, peuvent transformer tout ce qu’il y a de positif dans le sport en un cauchemar pour l’athlète. Et lorsque cela se produit, la première chose qui disparaît est la capacité de l’athlète à apprendre, à se développer et à se donner à fond.

Que peuvent faire les parents? 

Ce que je trouve incroyable en tant qu’universitaire et auteure, mais surtout en tant que mère d’un athlète qui a été psychologiquement maltraité (anglais), c’est qu’il existe des stratégies pour renforcer le cerveau d’une personne, lui permettre de réaliser son potentiel athlétique et de renforcer sa santé mentale. Voici quelques suggestions.

1. Poser des questions

Si vous pensez que votre enfant est victime de brimades, posez des questions. Demandez à votre enfant comment les autres lui parlent, l’encouragent et le critiquent.

2. Parlez-en

Vous pouvez également aider votre enfant en lui enseignant les concepts et les mots associés aux brimades et à l’abus. En leur apprenant à utiliser les bons mots, vous pourrez plus facilement discuter de harcèlement et déterminer si la situation est acceptable ou non.

A coach leads her team in a cheer.

3. Faites preuve d’empathie et essayez de vous mettre à la place de votre enfant

Une autre stratégie pour lutter contre la culture du harcèlement consiste à transformer intentionnellement les comportements abusifs normalisés en comportements empathiques. L’empathie (vidéo en anglais) est la capacité de s’imaginer vivre une situation à la place d’une autre personne. C’est « se mettre à sa place ». C’est tout le contraire de l’intimidation, où des personnes projettent leurs propres traumatismes sur leurs cibles. 

Beaucoup associent l’empathie à la faiblesse. L’empathie est dans notre ADN. À la naissance, notre cerveau a déjà la capacité d’identifier les sentiments, les pensées et les intentions des autres, ce qui est essentiel pour notre survie. La maltraitance érode les circuits neuronaux de l’empathie dans le cerveau. Sans empathie, il n’y a pas de progrès. L’empathie est non seulement un super pouvoir pour les parents, les entraîneuses et entraîneurs et les athlètes, mais c’est aussi l’une des qualités les plus recherchées sur le marché du travail(anglais). Les sports et même la danse sont un excellent moyen de renforcer l’empathie. 

4. Essayez d’entraîner votre cerveau

Une autre stratégie efficace est d’entraîner son cerveau. Pour les athlètes, un entraînement quotidien de 30 minutes est peu coûteux et présente d’incroyables avantages pour la santé du cerveau et pour les performances de haut niveau. BrainHQ (anglais) est un programme de renforcement du cerveau conçu par une équipe internationale de neuroscientifiques dirigée par le Dr Michael Merzenich (anglais), le « père de la neuroplasticité ».

La neuroplasticité (anglais) est notre capacité à modifier notre cerveau tout au long de notre vie. Beaucoup d’entre nous avons grandi dans une culture où les brimades sont normalisées. Il est possible de reprogrammer notre cerveau pour privilégier la santé et la sécurité autant que la haute performance. Mais ça ne se fait pas en criant « ciseaux ». Ça demande du travail, mais toute personne engagée sait que pour maîtriser une discipline, il faut s’y entraîner. 

Les cerveaux endommagés par les brimades peuvent revenir à leur état naturel. La pratique délibérée est le moyen de « myéliniser » les réseaux neuronaux et de les transformer en supraconducteurs. Deux athlètes en vogue, Tom Brady et Harry Kane (anglais), ont publiquement déclaré utiliser BrainHQ

Il est peut-être temps d’inclure le cerveau dans notre compréhension de la sécurité psychologique, du bonheur et de la haute performance.

Vous voulez en savoir plus?

Nous sommes en train d’élaborer un nouveau programme d’études pour les sports de la jeunesse, basé sur la science du cerveau et la voix des athlètes. Si vous êtes un parent et que vous souhaitez vous impliquer ou rester informé, veuillez nous contacter à l’adresse suivante : [email protected].


Pour en savoir plus sur le sport à l’enfance :

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