A mom and her two sons laugh as they play on the carpet in their living room.

Un jeu d’enfant? L’importance du jeu pour la santé mentale des parents

On entend souvent parler, avec raison, de l’importance du jeu pour la santé mentale des enfants. Le jeu favorise le développement du cerveau, la régulation émotionnelle, la santé physique et les liens sociaux. Les études le prouvent (en anglais), et beaucoup de parents saisissent toute l’importance du jeu pour la santé et le bien-être de leurs enfants.

Même si on le sait, on peut trouver difficile de jouer – surtout quand on se sent fatigués ou dépassés, ou quand on éprouve des problèmes de santé mentale.

Je le sais par expérience. Même si je suis spécialiste de la science du jeu, pendant de longues périodes de ma vie de parent, je n’avais tout simplement pas accès à mon côté ludique. Voilà une réalité dont on devrait parler davantage. Changeons les choses!

Quand mes enfants étaient petits, je me souviens que je voulais désespérément « jouer » avec eux, mais que j’en étais incapable. En regardant les autres parents se laisser aussi facilement prendre au jeu, du moins en apparence, je me posais ces questions :

Qu’est-ce qui cloche chez moi?

Pourquoi je ne peux pas simplement jouer?

Pourquoi ça semble si facile pour les autres?

Je savais que j’aurais dû jouer avec mes enfants, et je pensais que j’étais une mauvaise mère parce que j’en étais incapable.

En 2009, alors que je traversais une grave période de dépression, mon psychiatre a invité mon enfant dans la pièce et lui a dit doucement : « Ta maman a oublié comment on joue. » Il tentait d’expliquer à un enfant la dépression. 

Je n’ai pas saisi tout de suite à quel point cette phrase était profondément vraie, ni compris qu’elle m’accompagnerait longtemps. Je ne savais pas non plus que beaucoup de parents me diraient plus tard qu’elle nommait quelque chose qu’ils n’arrivaient pas à exprimer.

A dad and his toddler daughter sit at a child-sized table at home and do a toast with toy teacups.

Je sais maintenant que le jeu et la honte ne peuvent pas coexister. Je sais aussi que notre capacité de jouer ne disparaît jamais. Nous sommes biologiquement programmés (en anglais) pour jouer tout au long de nos vies.

En tant que parents, nous utilisons cette capacité pour le jeu chaque jour : quand nous nous adaptons, résolvons des problèmes, changeons de cap ou trouvons des façons d’aller de l’avant malgré le manque de préavis ou de ressources. 

Après des années d’études et d’expériences vécues, j’appelle cette faculté notre intelligence ludique (Playful Intelligence™, en anglais), soit la capacité des êtres humains à s’adapter, à faire preuve de curiosité et à trouver des manières créatives d’avancer malgré les incertitudes. Quand je n’avais plus accès à mon côté ludique, je n’avais pas simplement perdu ma joie de vivre, mais aussi cette capacité d’adaptation. Les choses me semblaient plus lourdes. J’avais l’impression que mes options étaient limitées. Le plus petit des changements était difficile à gérer.

Je voulais et j’essayais toujours autant. Mais mon système était à plat, et je ne le savais pas encore.

La joie éclipsée par les problèmes de santé mentale

Selon mon expérience, quand la santé mentale bat de l’aile, les belles choses sont plus difficiles à remarquer. Pas parce que la joie a disparu, mais parce qu’un système nerveux surmené passe en mode protection. Dans cet état, il est plus difficile d’accéder aux sentiments de sécurité et de plaisir. Et la sécurité joue un rôle dans le jeu.

Des études portant sur la réaction du système nerveux à la sécurité et aux menaces permettent de mieux comprendre pourquoi il est si difficile de jouer quand on se sent dépassés. Le sentiment de sécurité n’est pas qu’émotionnel – il est biologique, et lié à la capacité du système nerveux de se détendre et d’explorer (en anglais).

Quand on est toujours en train d’éteindre des feux ou de se demander ce qui nous attend, on peut avoir du mal à accéder à notre côté ludique. Un niveau élevé de stress parental est lié (en anglais) à une hausse de l’anxiété et à une difficulté à réguler ses émotions, ce qui favorise une vision étroite et nous empêche de nous sentir présents, connectés ou aptes.

L’anxiété, la dépression, le surmenage et la surcharge émotionnelle peuvent modifier notre expérience du monde en tant que parents. L’écart entre Je me sens vide et J’ai envie de jouer semble parfois infranchissable.Il faut maintenant prendre le temps d’apporter une précision : jouer ne veut pas dire se forcer à s’amuser. En fait, si une activité n’est pas volontaire, ce n’est pas du jeu (en anglais). Le jeu prend plusieurs formes : ce qui détend une personne pourrait créer de l’anxiété chez une autre.

A mother and her toddler play on the carpet at home together. With their feet resting on the ground, they both have their heads upside-down on the carpet.

Vous n’avez pas besoin de soirées de jeux, d’artisanat, de matériel précis ou d’avoir soudainement le cœur en fête. Et vous n’avez pas à vous forcer à sembler toujours joyeux ou joyeuse pour votre enfant. Prenez une respiration et relisez la phrase précédente.

Il est impossible de passer directement du mode survie au comble de la joie. Pour beaucoup de parents, cette attente irréaliste crée de la pression.

Une question d’état d’esprit

Avec les parents, je recadre les choses de cette manière : le jeu ne naît pas d’une activité, mais d’une prise de conscience. Avant toute chose, vous devez remarquer ce qui se passe dans votre corps, autour de vous, et dans les petits moments où vous baissez votre garde :

  • quand vous sortez dehors et sentez l’air frais sur votre visage;
  • quand vous prenez une grande inspiration sans effort;
  • quand vous entendez une chanson qui vous fait sourire ou vous rappelle un bon souvenir;
  • quand un rayon de soleil filtre par la fenêtre;
  • quand, dans un moment de silence, vos épaules se détendent un peu.

Ces moments semblent futiles, mais ils comptent plus que vous ne le pensez.

Quand notre système nerveux est surchargé, il est difficile de prendre conscience de ces instants. Pourtant, c’est souvent ce qui nous aidera à retrouver nos repères – pas parce que la vie change soudainement, mais parce que notre système a un moment de répit.

Il ne s’agit pas ici d’adopter la pensée positive, ou de prétendre que les choses vont bien. Il faut plutôt prêter attention à tout ce qui vous procure le moindre sentiment de stabilité. Beaucoup de parents avec lesquels je travaille ont consacré tellement de temps à prendre soin des autres qu’ils ne savent plus ce qui les aide à se recentrer. 

Avec le temps, en cumulant ces petits moments, ils y accordent de l’attention et arrivent à souffler un peu.

Le jeu, ce n’est pas seulement pour les enfants

En grandissant, beaucoup d’adultes se mettent à croire qu’ils n’ont pas le droit de jouer. Le jeu devient une activité à faire avec les enfants, et il ne leur appartient plus. Leurs besoins sont peu à peu relégués au second plan.

Chez certains parents, l’idée de trouver de la joie à l’écart de leurs enfants fait surgir une petite voix qui dit : Si ma joie n’émane pas de mes enfants, quelque chose ne marche pas chez moi. Ce serait égoïste d’en vouloir plus.

Cette voix vous ment.

Les moments de repos, de plaisir et de jeu qui n’appartiennent qu’à vous ne sont pas égoïstes. Ils assurent votre santé et votre bien-être. Les parents sont d’abord et avant tout des êtres humains. Les systèmes nerveux ont besoin de repos, de connexion, de créativité et de moments de détente. Quand ces besoins ne sont pas comblés pendant longtemps, tout devient difficile – y compris faire preuve de patience et de présence.

A mom smiles at her daughter as she stirs a pot on their stove in their kitchen.

Vos jeux ne ressembleront pas forcément à ceux de vos enfants. Ils peuvent reposer sur le mouvement, la musique, la créativité tranquille, l’apprentissage, des moments avec les animaux ou des randonnées en plein air.

Ces moments ont de l’importance. Ils favorisent votre santé mentale. Et ils contribuent à restaurer les facultés dont les parents ont souvent besoin.

Un doux retour au jeu

Le jeu ressemble pour vous à un fardeau? Voilà une information, et non un jugement, qui n’a rien à voir avec l’amour que vous portez à vos enfants. Il peut simplement s’agir d’une invitation à ralentir et à prendre conscience de ce qui vous entoure.

Commencez en douceur. Nul besoin de créer des moments magiques, de ressentir la joie sur commande, ou de vous forcer à jouer. Si vous arrivez à prendre conscience aujourd’hui d’un moment où votre corps vous semble plus serein, c’est déjà bon.

Le jeu ne disparaît pas quand la vie devient plus difficile. Il s’estompe. Et quand on lui fait une place – même toute petite – il fait son retour. Je l’ai vécu. Faites preuve de bienveillance envers vous-même. Vous n’êtes pas seule ou seul.

Vous avez le droit de jouer.


Pour en savoir plus sur la santé mentale :

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