A mom and her preteen

Comment parler à vos enfants de la santé mentale

Un enfant d’âge préscolaire paralysé par l’anxiété. Un préadolescent qui se met en colère. Un ado qui se détourne de sa famille et de ses amis. Au fil des années passées à élever mes cinq enfants, j’ai vécu chacune de ces situations et bien d’autres encore! L’une des leçons les plus précieuses que j’ai apprises est que la santé mentale de mes enfants, c’est-à-dire leur façon de penser, de ressentir et d’agir, change à chaque étape de leur développement. 

Oui, il y a des principes universels qui se retrouvent à chaque étape de l’enfance (je les partagerai ci-dessous!), mais adapter ma façon d’aborder ces conversations en fonction de l’âge de mon enfant a fait toute la différence pour les aider à développer leurs connaissances en matière de santé émotionnelle et mentale. 

Dans cet article, je vais vous expliquer pourquoi il est si important de parler de santé mentale avec les enfants, et je vous proposerai des stratégies concrètes, classées par âge, pour vous aider à aborder ces conversations avec vos propres enfants en toute confiance. 

Pour ancrer ce guide dans des données factuelles, j’ai consulté la Dre Kate Aubrey, psychologue agréée (#2170) établie à Kelowna, en Colombie-Britannique. La Dre Aubrey est spécialisée dans le développement de l’enfant et les interventions en santé mentale. Elle aide les enfants, les ados et leurs familles à gérer toutes sortes de problèmes, des soucis quotidiens aux troubles complexes de l’humeur et du comportement. 

L’importance de parler de santé mentale aux enfants

Autrefois, la santé mentale des enfants était souvent mise de côté. On les voyait et on les traitait comme des « petits adultes ». Ce n’est qu’au cours du siècle dernier que le domaine de la psychologie a commencé à reconnaître que les enfants ont des besoins distincts en matière de santé mentale, qui évoluent à mesure qu’ils grandissent. Aujourd’hui, bien que l’importance de la santé mentale des enfants soit largement reconnue, de nombreux enfants nord-américains continuent de souffrir de troubles mentaux. Selon la Société canadienne de pédiatrie, 20 % des enfants et des jeunes Canadiens souffrent de troubles mentaux.

Pour améliorer la santé mentale des enfants, il est essentiel d’en parler! Tout comme la littératie physique aide les enfants à rester actifs toute leur vie, la littératie en santé mentale les aide à développer une résilience qui leur servira toute leur vie. « En engageant la conversation dès le plus jeune âge, souvent dès qu’ils savent parler, on donne à nos enfants l’exemple qu’ils suivront toute leur vie », explique Aubrey. La Société canadienne de pédiatrie fait écho à ce conseil en affirmant que parler ouvertement de santé mentale aide les enfants à développer leur résilience, leur estime de soi et leurs capacités à résoudre des problèmes, ce qui leur permet d’avoir une meilleure qualité de vie. 

A dad hugs his young daughter in the living room of their home.

Principes universels : parler de la santé mentale des enfants à tout âge

Parler de santé mentale à un enfant de deux ans est très différent de parler à un enfant de six ans, de douze ans ou de seize ans. Cependant, quel que soit l’âge de votre enfant, certains principes universels peuvent guider les parents, les éducateurs et les personnes qui s’occupent d’enfants dans leurs conversations sur la santé mentale à tout âge.

Normaliser les sentiments 

Il est essentiel d’aider les enfants à comprendre que tous les sentiments sont normaux. Aubrey encourage les parents et les éducateurs à « normaliser tous les sentiments, en particulier ceux qui sont désagréables. L’objectif n’est pas de se débarrasser de la tristesse ou de l’inquiétude, mais de les gérer ». La normalisation des sentiments peut commencer dès l’âge de deux ou trois ans et se poursuivre jusqu’à l’adolescence.

Créer un environnement rassurant

Les enfants s’épanouissent lorsqu’ils se sentent en sécurité et acceptés. Créer un environnement où les enfants peuvent s’exprimer en toute sécurité leur permet de parler ouvertement de leurs émotions, d’instaurer un climat de confiance et de développer leur confiance en leurs propres capacités.

Protéger tout en encourageant le développement

Aubrey souligne un déséquilibre courant dans l’éducation parentale moderne : « Nous surprotégeons nos enfants dans le monde réel et les sous-protégeons dans le monde virtuel. Nous devons inverser cette tendance. » (C’est un sujet souvent abordé par le psychologue social et auteur Jonathan Haidt.)

Elle recommande aux parents de « protéger leurs enfants en ligne, mais de les laisser relever des défis gérables dans la vie réelle afin qu’ils développent leur résilience. Parfois, les parents s’inquiètent beaucoup pour leurs enfants et essaient de les protéger contre des facteurs de stress tout à fait naturels et normaux qui sont en réalité importants pour développer leur capacité d’adaptation. » 

En discutant régulièrement avec votre enfant des limites à respecter en matière de temps d’écran et en l’encourageant à relever des défis adaptés à son âge, vous l’aidez à développer une régulation émotionnelle, des capacités d’adaptation et une confiance en soi essentielles.

Communiquer régulièrement avec eux

Des conversations fréquentes et informelles aident les enfants à se sentir à l’aise pour discuter de leur santé mentale à chaque étape de leur développement. Aubrey souligne l’importance du dialogue dès le plus jeune âge, car cela aide les enfants et les parents à développer leur confort émotionnel et leur confiance au fil du temps. « Les émotions peuvent être complexes et mettre certaines personnes mal à l’aise », explique-t-elle. « Donc, si vous commencez quand ils sont jeunes, cela aide vraiment les deux parties à se sentir à l’aise pour parler de leurs émotions. » L’écoute active, la curiosité et la validation (« Je te comprends ») encouragent davantage les enfants à partager ouvertement leurs pensées et leurs préoccupations.

A young girl and her mom lie on the living in their living room, talking together.

Être un modèle de pleine conscience

Les enfants apprennent à réguler leurs émotions principalement en nous observant, nous, leurs parents et leurs proches. Aubrey affirme que « les parents donnent l’exemple sur le plan émotionnel », soulignant l’influence profonde qu’ils ont : « La façon dont vous gérez vos propres émotions enseigne aux enfants comment gérer les leurs, potentiellement pour le reste de leur vie. » Elle encourage les parents à montrer l’exemple en matière d’ouverture émotionnelle : « Il est très important que les parents montrent l’exemple, en nommant leurs propres émotions et en étant capables de parler ouvertement des difficultés qu’ils rencontrent, par exemple au travail, puis en partageant la manière dont ils comptent les résoudre. »

Conseils adaptés à l’âge des enfants pour parler de santé mentale

Tout-petits et enfants d’âge préscolaire (de 2 à 5 ans)

À cet âge, les enfants prennent conscience de leurs sentiments et apprennent que leur corps leur envoie des signaux émotionnels. Aubrey conseille : « Commencez ces conversations dès l’âge de trois ans, voire plus tôt. En normalisant les émotions dès la petite enfance, vous posez les bases d’une régulation émotionnelle saine plus tard. » 

Établir un « langage émotionnel » commun pendant ces premières années permet de s’assurer que tout le monde se sent à l’aise pour parler de ses émotions. Elle conseille d’aider les jeunes enfants à se familiariser avec le vocabulaire et les concepts liés aux émotions, afin de développer leur intelligence émotionnelle en même temps que leurs premières compétences linguistiques.

Stratégies pratiques :

  • Identifiez les émotions à l’aide de couleurs, de mots simples ou de mimiques animales.
  • Réagissez calmement et validez toutes les émotions, même les plus difficiles.
  • Lisez des livres (par exemple, La couleur des émotions), utilisez des marionnettes ou organisez des jeux en plein air pour explorer les émotions.
  • Initiez les enfants à des techniques de respiration simples (respiration abdominale, respiration comme une fleur, souffler des bulles).

Âge du primaire (6 à 8 ans)

Entre 6 et 8 ans, les enfants commencent à comprendre que les sentiments sont fluctuants et prennent conscience du lien entre leurs pensées et leurs émotions. Aubrey souligne l’importance de passer progressivement de la co-régulation parentale à l’enseignement des compétences d’autorégulation. « Lorsque les enfants reconnaissent que ce qu’ils ressentent est normal et commencent à associer leurs émotions à des situations, cela leur permet de renforcer les bases de la régulation émotionnelle », explique-t-elle.

À cet âge, il est particulièrement important d’enseigner aux enfants que demander de l’aide est un signe de courage plutôt que de faiblesse. Les émotions telles que l’inquiétude et l’anxiété « peuvent être effrayantes, mais elles sont tout à fait normales », ajoute-t-elle. Les parents peuvent renforcer ce message en aidant leurs enfants à exprimer et à gérer leurs sentiments plus facilement.

Stratégies pratiques : 

  • Encouragez une communication ouverte sur les sentiments et écoutez sans juger.
  • Introduisez des outils tels qu’un thermomètre des sentiments ou des cartes des émotions pour aider les enfants à visualiser et à comprendre l’intensité émotionnelle.
  • Aidez les enfants à identifier leurs déclencheurs ou leurs facteurs de stress.
  • Montrez et pratiquez des techniques simples pour se calmer (exercices de respiration, courtes activités de pleine conscience).
  • Rappelez régulièrement aux enfants que toutes les émotions, même celles qui sont désagréables, sont naturelles et gérables.
A dad and his preteen son walk on a trail together. The dad has his arm on his son's shoulder.

Préadolescents (de 9 à 12 ans)

La préadolescence s’accompagne d’émotions de plus en plus complexes, de pressions sociales et de changements physiques qui peuvent intensifier les pensées et les inquiétudes liées à l’amitié, à l’acceptation sociale et à l’image de soi. Les enfants commencent à se soucier de ce que leurs amis pensent d’eux. 

« C’est souvent entre la troisième et la sixième année que l’anxiété fait surface : refus d’aller à l’école, inquiétude, repli sur soi », explique Aubrey. Elle décrit cette étape comme un « point de vigilance » important pour les parents, car l’anxiété ou les changements d’humeur apparaissent fréquemment pendant ces années. 

Elle explique que les préadolescents ont souvent des difficultés à cause de leurs capacités d’adaptation limitées : « Il semble y avoir un déficit assez prononcé dans leurs capacités d’adaptation. Les enfants ont besoin d’aide pour s’adapter. » Pour combler ce déficit, il est essentiel que les parents soient proactifs, qu’ils encouragent l’intelligence émotionnelle et qu’ils introduisent tôt des techniques d’adaptation efficaces.

Stratégies pratiques : 

Jeunes ados (13 à 15 ans) 

Les jeunes ados sont en pleine exploration de leur identité, font face à des pressions sociales accrues, à des attentes scolaires et extrascolaires, à des changements physiques importants et à une exposition amplifiée aux réseaux sociaux. 

Aubrey souligne la difficulté des jeunes adolescents à gérer leurs émotions, en particulier en raison de la technologie : « Les appareils électroniques maintiennent les enfants dans un monde social très étrange, ce qui ne les aide pas à réguler leurs émotions. » Elle explique que l’adolescence est une période critique pour renforcer les stratégies d’adaptation, et que le soutien constant des parents est essentiel.

Stratégies pratiques : 

A mom and her teenage daughter talk in the kitchen.

Les ados plus âgés (de 16 à 18 ans) 

Les ados plus âgés sont confrontés à une indépendance accrue, à des inquiétudes quant à leur avenir, à des relations amoureuses et à une tendance à prendre plus de risques. De nombreux adolescents d’aujourd’hui ont un « déficit prononcé dans leurs capacités d’adaptation », explique Aubrey, en partie parce que les parents « ne préparent souvent pas suffisamment leurs enfants à gérer l’adversité ». Il devient essentiel à ce stade de fournir aux adolescents plus âgés des stratégies d’adaptation efficaces, en particulier lorsque l’influence des parents diminue naturellement.

Stratégies pratiques : 

  • Encouragez les ados à s’exprimer en leur apprenant à qui et comment demander de l’aide.
  • Prévoyez régulièrement du temps pour discuter de sujets difficiles (dépression, anxiété, sexualité, automutilation et consommation de substances).
  • Pratiquez l’écoute active et la communication concise, en favorisant un dialogue respectueux.
  • Élaborez ensemble des stratégies d’adaptation.
  • Discutez régulièrement des réseaux sociaux et des interactions en ligne, et gérez-les.
  • Jouez des scénarios mettant en scène des stratégies pour soutenir des amis en situation de crise mentale (« Si ton ami se sentait désespéré, que ferais-tu? »).

Quand et comment demander de l’aide 

Il est essentiel de savoir quand et comment demander l’aide d’un professionnel pour gérer efficacement les problèmes de santé mentale des enfants. Aubrey note que la situation actuelle est préoccupante : elle constate une « augmentation significative » des consultations pour des troubles anxieux chez les enfants et souligne l’importance de reconnaître les signes précurseurs. Elle explique que les parents font souvent appel à un professionnel lorsque leur enfant « a des difficultés à l’école, se renferme, est anxieux ou perd tout intérêt pour les activités qu’il aimait auparavant ».

Les signes courants pouvant indiquer que votre enfant a besoin d’un soutien professionnel :

  • Changements constants dans le sommeil ou l’appétit.
  • Éloignement de la famille, des amis, de l’école ou des activités autrefois appréciées.
  • Sentiment de tristesse, de déprime, de colère, d’irritabilité ou d’anxiété pendant de longues périodes.
  • Augmentation des comportements risqués ou impulsifs.

Pour obtenir une liste complète des signes précurseurs et des moyens d’obtenir de l’aide, je vous suggère de lire : Comment reconnaître les problèmes de santé mentale chez votre enfant.

Important : Si votre enfant parle de suicide ou d’automutilation, ou s’il manifeste des comportements très inquiétants, demandez immédiatement de l’aide. Contactez votre médecin de famille, un professionnel de la santé mentale ou une ligne d’écoute téléphonique telle que :

  • Jeunesse, J’écoute : service canadien de santé mentale en ligne accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, offrant une aide gratuite, multilingue et confidentielle aux jeunes. Téléphone : 1-800-668-6868, SMS : 686868

Continuez à parler de la santé mentale avec vos enfants

S’il y a une chose à retenir de cet article, c’est bien de continuer à parler! La santé mentale n’est pas une leçon unique, mais plutôt une conversation continue qui grandit et évolue avec votre enfant. Des conversations précoces et ouvertes sur les sentiments ouvrent la voie, aidant votre enfant à comprendre que sa santé mentale est importante et que demander de l’aide est courageux, bénéfique et utile tout au long de la vie.

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