Apprendre aux enfants à bouger est devenu une nécessité

novembre 11, 2016 Aucun commentaire »
Apprendre aux enfants à bouger est devenu une nécessité

Cet article a été publié en septembre 2014 par The Globe and Mail.

Bien que cela puisse sembler paradoxal, on doit apprendre aux enfants à bouger. Les êtres humains naissent avec la faculté de se mouvoir mais pas avec le savoir-faire.

Prenons l’exemple du crawl : la majorité d’entre nous peuvent repousser l’eau avec les bras, battre des pieds et tourner la tête d’un côté et de l’autre, cela ne veut pas dire qu’on sait nager le crawl pour autant. On doit prendre des cours! Il en est de même pour toutes les habiletés physiques que nous croyons innées, comme la course à pied, le saut ou le lancer.

Jusqu’à présent, cet apprentissage se faisait au cours des multiples jeux de notre enfance. Il suffisait de sortir dans la ruelle, de rejoindre le groupe de gamins en train de s’amuser et d’imiter les plus grands. S’ils tapaient dans un ballon, on apprenait à tirer ou à faire des passes. S’ils jouaient à cache-cache ou à la tague, on apprenait à tourner, à se baisser et à zigzaguer tout en courant. S’ils avaient une balle et un gant de baseball, on apprenait à lancer et à rattraper.

On devenait non seulement de plus en plus habiles mais aussi, et sans le savoir, de plus en plus confiants en nous-mêmes. Sans parler du plaisir que ces activités nous procuraient. Et là était toute la magie : plus un enfant aime bouger jeune, plus il a tendance à rester actif tout au long de sa vie.

Ce système a parfaitement fonctionné pendant des siècles : poussés par la quête du plaisir, les enfants jouaient à des jeux divers et variés et apprenaient les gestes et mouvements nécessaires à leur survie. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Rassurez-vous, les enfants aiment toujours autant jouer. Ce ne sont pas eux qui ont changé, ce sont leurs jeux, qui sont passés d’actifs à sédentaires. Ils apprennent aujourd’hui à appuyer sur les boutons d’une manette de jeux vidéo, à taper sur les touches d’un clavier ou sur un écran de téléphone. La société permet toujours aux enfants de jouer sauf que ces jeux n’ont plus grand chose à voir avec l’apprentissage de la motricité.

S’ajoute à cela l’évolution de notre environnement qui a conduit les parents à craindre pour la sécurité de leurs enfants. Ils les accompagnent partout et les incitent à passer plus de temps dedans que dehors. Résultat? On se retrouve avec la génération la plus inactive de toute notre histoire.

Que faire? Comment transmettre à nos enfants le plaisir de bouger plutôt que de les regarder se sédentariser? Une chose est sûre : on doit adopter une attitude totalement différente de celles de nos parents et accepter certaines réalités :

1. L’inactivité est la nouvelle norme et elle rend nos enfants malades

En deux ou trois générations à peine, l’activité physique a chuté à un niveau record, avec pour conséquence une augmentation de l’obésité infantile qu’on peut presque qualifier aujourd’hui d’épidémie. Un nombre croissant d’enfants souffrent de maladies qui étaient jusque-là « réservées » aux adultes : taux de cholestérol élevé, diabète de type 2 et hypertension artérielle. Comme le disent les experts, rester assis ou fumer, même combat!

2. Sans aide, nos enfants ne développeront pas leurs habiletés physiques

Cette aide porte un nom : la littératie physique, qui permet à tout enfant de développer les habiletés physiques de base dont il a besoin : courir, sauter, lancer et attraper entre autres. Cette base lui donne la confiance nécessaire pour pratiquer diverses activités physiques et participer à des jeux sportifs tout au long de sa vie.

3. La littératie physique passe par les parents

La littératie physique s’apprend tôt, exactement comme une langue étrangère. Sauf que dans ce cas, la seule chose exigée des parents est qu’ils passent du temps à bouger avec leur enfant, en choisissant des activités qui lui plaisent. Un enfant qui découvre le plaisir de la lecture lira toute sa vie; le principe est identique pour l’activité physique. Très vite, vous n’aurez plus besoin de forcer vos enfants à aller jouer dehors, ils iront d’eux-mêmes.

4. La littératie physique concerne tous les enfants, pas seulement les athlètes en devenir

Le terme « littératie physique » ne contient pas le mot sport, ou sportif, qui peut parfois effrayer ou catégoriser. On ne demande pas aux enfants de devenir des athlètes mais simplement d’être plus habiles, plus confiants et plus enclins à bouger. Un enfant compétent d’un point de vue physique le sera également au niveau cognitif, affectif et relationnel. Se sentir bien dans son corps est essentiel, qu’on soit sportif de haut niveau, scientifique ou écrivain.

5. Les parents doivent impliquer les collectivités

On ne peut pas tout faire tout seul. Si le mot d’ordre est de faire bouger les enfants, alors les collectivités doivent s’activer elles aussi. Les gouvernements doivent faire de la littératie physique une priorité et les écoles augmenter le temps et le budget accordés à l’éducation physique. Ces institutions ne bougeront pas tant que nous, parents, ne ferons pas entendre notre voix.

Dire que nous sommes aujourd’hui obligés d’apprendre à nos enfants à bouger est difficile à croire. On en est pourtant arrivés là. L’heure est venue de retrousser nos manches et de transmettre aux générations futures les habiletés physiques dont ils ont besoin pour mieux vivre.

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