A young athlete wearing a running jersey talks to her coach on the track on a sunny day.

Ce dont les jeunes ont vraiment besoin dans le sport

Je suis très fier d’être probablement le pire athlète à avoir jamais été honoré par le Temple de la renommée du sport de l’Alberta!

En 2019, j’ai reçu le prix Bell Memorial pour mon travail dans les médias sportifs, et non pour mes exploits sur le terrain. Je n’ai jamais pratiqué de sport de haut niveau ni fait partie d’une équipe qui participait à des compétitions à l’extérieur de ma région. À l’époque où les équipes étaient classées par lettres selon leur niveau, je jouais généralement dans les catégories C ou D, loin des équipes les plus compétitives. Et j’adorais ça!

Cet amour du sport m’a mené à une carrière de 25 ans dans les médias sportifs. Le sport m’a apporté des histoires à raconter, des amitiés, un sentiment d’appartenance et l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand que moi. C’est pourquoi l’évolution du sport chez les jeunes m’inquiète.

Avec le temps, les revenus générés par le sport ont fini par prendre le dessus sur l’expérience des jeunes. On s’est mis à poursuivre le rêve de former des athlètes d’élite de plus en plus tôt, avec toujours plus d’intensité, en oubliant ce que le sport devrait apporter aux enfants.

A group of elementary-age boys plays basketball in a gymnasium.

La place du sport dans la vie des enfants

Pour la plupart des enfants, le sport ne deviendra jamais une carrière. C’est plutôt une occasion d’apprendre à se dépasser, à perdre, à persévérer, à encourager ses coéquipiers, à gérer les déceptions, à respecter les autres et, surtout, à s’amuser.

À force de vouloir former des athlètes d’élite, on finit par traiter trop d’enfants comme de petits professionnels. On les classe, on les répartit selon leur niveau, on les pousse à se spécialiser, on les compare et on leur met de la pression avant même qu’ils aient eu le temps de découvrir le plaisir de jouer. Puis, on s’étonne qu’ils abandonnent le sport.

IJe ne crois pas que les jeunes cessent soudainement d’aimer le sport au début de l’adolescence. Je pense plutôt que beaucoup finissent par ne plus aimer ce que les adultes en ont fait : une activité où la compétition, le sérieux et la pression prennent toute la place. Les enfants ont besoin de s’amuser davantage, de sentir qu’ils font partie d’un groupe et d’avoir le droit d’être des enfants.

Je ne crois pas non plus qu’il faille repérer et spécialiser très tôt tous les futurs athlètes d’élite. Les meilleurs finiront par se démarquer.

Au cours de ma carrière dans les médias sportifs, j’ai côtoyé de nombreux athlètes de haut niveau. Au début, plusieurs des meilleurs avaient pratiqué différents sports pendant leur enfance et adoraient simplement jouer. Avec les années, la pression a commencé à se faire sentir de plus en plus tôt, et le sport jeunesse est devenu une industrie de plus en plus importante. Vers la fin de ma carrière, je rencontrais davantage d’athlètes pour qui le sport était surtout un moyen d’atteindre un objectif.

La plupart des enfants ne deviendront pas athlètes professionnels. La plupart n’obtiendront pas non plus de bourse d’études grâce au sport. Mais tous peuvent retirer quelque chose de précieux de leur expérience sportive, à condition qu’on leur permette de la vivre pleinement. Le problème, c’est qu’on continue de bâtir des systèmes autour des rêves d’une minorité, au lieu de protéger l’expérience de la majorité.

Demandez à des adultes ce qu’ils retiennent de leurs années de sport. La plupart ne se souviennent pas des pointages. Ils se rappellent plutôt les parties de mini-hockey improvisées dans les hôtels pendant les tournois, la musique dans les vestiaires, les fous rires avec leurs coéquipiers et les personnes qui leur ont donné le sentiment de faire partie du groupe.

Ce dont ils se souviennent, c’est surtout de ce que le sport leur faisait ressentir.

Quel rôle jouent les entraîneurs?

Les entraîneurs ont besoin de soutien pour rendre le sport agréable et amusant. Chaque entraînement n’a pas à ressembler à une séance de sélection, et chaque match n’a pas besoin d’être traité comme une finale de championnat.

Bien sûr, le développement des habiletés, la compétition et les exigences sportives ont leur importance. Mais rien de tout cela ne devrait faire disparaître le plaisir de jouer.

Les entraîneurs doivent aussi pouvoir accompagner l’enfant dans son ensemble, et pas seulement l’athlète. Ils doivent pouvoir accorder de l’importance à l’effort, à l’attitude, à la confiance en soi, au respect, à l’esprit d’équipe et au plaisir, même si ces qualités ne figurent pas sur une feuille de pointage.

Quand toutes les décisions sont jugées uniquement en fonction des victoires, des défaites, des classements ou des promotions dans une équipe supérieure, les entraîneurs finissent par être poussés à privilégier les mauvaises priorités.

A mom walks across a soccer field with her preteen son, who's wearing a soccer uniform and carrying a soccer ball. She has her arm around his shoulder.

Et les parents, dans tout ça? 

Les parents aussi ont besoin de soutien. La plupart veulent simplement ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants. Mais les coûts, les déplacements, les comparaisons avec les autres et la peur que leur enfant prenne du retard peuvent les amener à perdre de vue l’essentiel.

C’est dans ces moments-là qu’il faut se poser une question toute simple : Est-ce que tout ça fait encore du bien à mon enfant?

L’une des conversations les plus importantes dans le sport jeunesse se déroule peut-être sur le chemin du retour après un match.

Ce trajet peut donner à un enfant le sentiment d’être aimé et soutenu. Ou lui donner l’impression qu’il vient de passer une évaluation de rendement.

Le sport, c’est fait pour être amusant. Et comme parents, on l’oublie parfois. Chaque retour à la maison n’a pas besoin de se transformer en séance d’entraînement ou en analyse de tout ce qui n’a pas fonctionné.

Il y a un temps pour les conseils, mais il y a aussi un temps pour simplement dire à son enfant qu’on est fier de lui et qu’on aime le regarder jouer.

Combien d’enfants entendent : « J’adore te regarder jouer! »?

Combien se font demander : « Est-ce que tu t’es amusé? »

Et combien reçoivent déjà des commentaires sur leur performance avant même d’avoir attaché leur ceinture de sécurité?

A young boy and his grandmother high five on the pickleball court as they smile at each other. The boy holds a pickleball paddle in his other hand.

Ce qu’il faut privilégier dans le sport jeunesse

Le sport jeunesse a besoin de moins d’adultes qui se comportent comme des recruteurs à la recherche de futurs champions, et de plus d’adultes qui agissent comme des parents, des entraîneurs, des voisins et des membres de la communauté conscients de tout ce que le sport peut apporter aux enfants.

Il faut revenir à une idée simple : le sport, c’est pour la vie.

Pas seulement pour les athlètes d’élite. Pas seulement pour les enfants qui réussissent à intégrer la meilleure équipe à 10 ans. Pour tous les enfants.

Et si, en chemin, certains deviennent des athlètes d’élite, tant mieux! Mais notre objectif principal devrait être de les aider à devenir de meilleures personnes : des jeunes qui savent travailler en équipe, qui vivent bien les victoires comme les défaites, qui respectent les autres et qui restent actifs parce que le sport a toujours été une source de plaisir et qu’ils y ont trouvé leur place.

Voilà ce dont le sport jeunesse a besoin aujourd’hui : plus de plaisir, un plus grand sentiment d’appartenance, davantage de liberté pour les enfants d’être simplement des enfants.

Et beaucoup plus d’adultes qui se souviennent de ce qui compte vraiment dans le sport.

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